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mercredi 24 octobre 2012

Les Mémoires qui libèrent l’Histoire

«L’histoire enfin, témoin des temps, lumière de la vérité, vie de la mémoire, maîtresse de la vie, messagère du passé… » Cicéron, De oratore II, 36.
Par Lyes Akram
La publication annoncée, en Algérie, des Mémoires du défunt président Chadli Bendjedid est un évènement extraordinaire. Les quelques bonnes feuilles publiées dans la presse (Echorouk, l’Expression…) ont d’ores et déjà suscité des réactions. Des débats, j’espère, sont à prévoir à propos de leur contenu. Ces Mémoires, en deux tomes, seront assurément un bestseller national dans les deux langues.
Ceci dit, l’écriture sur l’Histoire contemporaine du pays, y compris la parution de Mémoires de militants et hommes politiques, a sa propre histoire en Algérie. Pendant, pratiquement, les deux premières décennies de l’indépendance, une terrible chape de plomb pesait sur les historiens algériens et, partant, sur de nombreux intellectuels et autres citoyens qui voulaient aborder l'histoire du nationalisme et de la guerre d'Indépendance. Et pour cause. Le régime, qui s’était installé en 1962 à la pointe des épées, puisait sa légitimité de la manipulation de cette histoire-là – il exigeait donc une totale soumission de leur part en s’ingérant directement et à outrance dans leur travaux.

lundi 4 juin 2012

L’armée est-elle une institution de l’Etat ou une caste ?

Par Mohammed Harbi 
Le Soir d’Algérie du 21 février 2012 a publié un récit consacré à l’affaire Chaâbani. L’auteur, Cherif Mehdi, revêtu du costume de l’inquisiteur, y fait le procès du régime de Ben Bella et, jouant de l’insinuation venimeuse, m’attribue un rôle dans l’exécution du colonel Chaâbani. Je reviendrais plus loin sur ce point. Mais pour édifier les générations étrangères aux événements des années 1960, je me dois de rectifier quelques opinions préconçues répandues sur mon itinéraire et ma position dans le régime Ben Bella.

mercredi 2 mai 2012

Harbi, Benchikh, Kadri, Dahmani : «le pouvoir dialogue avec lui même»

Depuis plusieurs mois, les plus hautes autorités de l’Etat appellent à participer massivement aux élections législatives du 10 mai 2012, en assurant qu’elles seront libres et honnêtes. Ce faisant, elles ressassent un discours déjà vieux. Mais peut-on se fier aux discours des gouvernants, sans une analyse objective des conditions dans lesquelles se dérouleront ces élections et des instruments utilisés par le pouvoir politique pour en garantir la liberté et l’honnêteté. Deux notions qui sont liées, en ce sens que l’absence de liberté laisse prévoir un scrutin contestable parce qu’il devra couvrir la manipulation.

lundi 9 avril 2012

L’hypothèse totalitaire en Algérie, le cas du FLN 1954-1962

Par Mohammed Harbi
Qu’est-ce que le FLN ? Les doctrinaires militaires français l’ont abusivement identifié comme mouvement  totalitaire, en avançant trois arguments: 
- Le premier assimilait au totalitarisme tout mouvement qui ne relève pas de la démocratie libérale.
- Le second établissait une confusion entre le parti unique de type soviétique qui se veut l’élément dirigeant du prolétariat et en émerge pour des raisons théoriques au nom d’un principe abstrait, l’idéal communiste et les rassemblements nationaux du Tiers-Monde, regroupements hétéroclites de forces politiques et sociales.
- Le troisième met l’accent sur un exercice du pouvoir assuré par la terreur. 

lundi 19 mars 2012

La guerre d’Algérie a commencé à Sétif

 Par Mohammed Harbi
 Désignés par euphémisme sous l’appellation d’« événements » ou de « troubles du Nord constantinois », les massacres du 8 mai 1945 dans les régions de Sétif et de Guelma sont considérés rétrospectivement comme le début de la guerre algérienne d’indépendance. Cet épisode appartient aux lignes de clivage liées à la conquête coloniale.

vendredi 16 mars 2012

Harkis : La comparaison avec la collaboration en France n’est pas pertinente

Par Mohammed Harbi
L’idée d’un choix opéré de la part des harkis de se battre aux côtés de la France durant la guerre d’Algérie est loin de s’appliquer à la plupart d’entre eux. Les harkis sont devenus une communauté en France et non pas pendant la guerre d’Algérie. Il est important de souligner ce fait, car, quand on parle aujourd’hui de la « communauté harkie », on a l’impression que les harkis existaient comme une force constituée pendant la guerre d’Algérie. Or, ce n’était pas le cas. Si l’on peut dire que, pour un certain nombre d’aventuriers ou de notables, l’engagement dans la guerre du côté de la France a été un choix, ce sont finalement des cas individuels. Pour ceux qu’on a appelé les harkis, cela n’a pas du tout été un choix.

mercredi 14 mars 2012

Histoire d’une infiltration de la DST dans le FLN: l’affaire Mourad

Par Mohammed Harbi
Dans la guerre qui a opposé le colonialisme français au nationalisme algérien, la manipulation et le renseignement ont joué un grand rôle. Certaines opérations, le contre-maquis de Kabylie (1956), le maquis Kobus (1957, 1958)[1], l'affaire Bellounis[2] (mai 1957 - mai 1958) ont tourné à l'avantage de l'Armée de libération nationale (ALN). D'autres ont été occultées parce qu'elles mettent en cause une version héroïsée d'une histoire, inapte à intégrer le pluralisme des phénomènes historiques. C'est le cas de l'affaire « Mourad »[3], évoquée dans le livre de Gilbert Meynier sur le Front de libération national (FLN)[4], dans les travaux de Neil Mac Master et Jim House sur les manifestations du 17 octobre 1961[5] et aussi dans l'ouvrage de Jacques Charby sur l'action des réseaux de soutien au FLN[6], mais toujours absente de l'historiographie du FLN.

mardi 21 février 2012

Témoignage: Pourquoi et comment le colonel Chaabani a été exécuté


Par Mahdi Chérif
« Mohamed Chaabani a été suppliciés à l’heure des clartés incertaines du petit jour. Il a regardé sans trembler les visages impavides des exécuteurs commis à ses fins dernières. Pour lui et pour les autres qui ont été suppliciés seuls, dans le noir des cachots, je dédie ces lignes. »
-Un farouche opposant à Ben Bella et Boumediène.
-La haine de Bencherif à l’égard du colonel Chaabani.
-L’intervention de Fethi Dib, patron des «Moukhabarate» égyptiens.
-La parodie de procès du colonel.
-Le «conseil» de Mohamed Harbi.

mercredi 4 janvier 2012

Mohammed Harbi: «Nos gouvernants disent n’importe quoi…»


La réédition par la maison Dahlab d’un important ouvrage de Mohammed Harbi, Les archives de la Révolution algérienne, vingt ans après leur première parution en France, est le fil rouge de cet entretien dans lequel l’éminent historien révèle comment il a réuni cette masse de documents inédits qui composent son ouvrage. M. Harbi plaide pour une histoire plurielle du Mouvement national, affranchie des manipulations politiques. Il répond au passage au ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, qui l’accuse d’avoir accaparé des archives de Krim Belkacem.

mercredi 23 novembre 2011

Le poids de l’histoire : Et la violence vint à l’Algérie



Par Mohammed Harbi 
In Le Monde Diplomatique, Juillet 2002
 
« Silence, on tue ! » : depuis le début de l’année, plus de 700 Algériens sont tombés sous les coups des islamistes ou des militaires. C’est donc encore marquée par dix années d’une guerre civile atroce que l’Algérie célébrera, le 5 juillet 2002, le quarantième anniversaire de son indépendance. Mais le bilan négatif de ces quatre décennies ne tient pas qu’aux massacres qui persistent. Une caste de privilégiés a dilapidé les acquis de la révolution algérienne comme les richesses du pays, qu’elle a enfoncé dans une terrible impasse économique et sociale : chômage massif, revenus en chute libre, explosion de la pauvreté, crise du logement, services publics déficients, etc. Autant de tares qui ne trouvent évidemment pas leur source dans on ne sait quels «gènes». Violence et gabegie s’inscrivent dans une longue histoire, que rythmèrent la colonisation française, puis la guerre de libération et, enfin, la confiscation du pouvoir par les dirigeants de l’armée et du parti unique.
La violence dans laquelle l’Algérie est plongée apparaît aux bons esprits comme l’expression d’une tendance ancrée dans son caractère national. Cette conception relevant du déterminisme culturel a l’évidence trompeuse des idées simples. La violence, faut-il le rappeler, n’est l’apanage d’aucune société. Elle est au coeur de toute humanité et la question qui se pose est celle des circonstances qui la font éclater et s’imposer sur la scène sociale, ainsi que les formes qu’elle y prend et qui semblent, elles, relever de l’héritage culturel propre à chaque société.

mercredi 2 novembre 2011

Enlisement dans une «sale guerre»: l'Algérie prise au piège de son histoire



Tragique, l'actuelle situation de violence en Algérie prend racine dans les multiples erreurs du parti-État FLN au pouvoir durant plus de trente ans. L'extrémisme religieux n'est point la conséquence d'une sorte de crise mystique qui se serait emparée d'une partie de la population, mais le résultat de politiques myopes, ayant sacrifié les enjeux culturels et symboliques au nom d'un dirigisme économique noyé dans la corruption et les intérêts des clans. 

Le grand historien algérien Mohammed Harbi analyse les causes de la guerre civile des années 1990 en Algérie
Par Mohammed Harbi
Le Monde Diplomatique, mai 1994


L'Algérie est entrée progressivement, depuis 1991, dans la voie suicidaire de la guerre civile. À la violence institutionnelle et à la crispation du pouvoir en place répondent la violence islamiste et la volonté de conquérir l'État par la force. Le chemin qui mène le mouvement islamiste, avec ses divers courants, à occuper la scène politique et sociale puise dans une longue histoire et exige, pour être compris, qu'on l'étudie dans les avatars d'une modernisation dont les formes ont mené aux impasses d'aujourd'hui.
Lorsque certains des porte-parole du Front islamique du salut (FIS) refusent la "modernité", au nom du passé et d'une authenticité qu'ils idéalisent, ce refus n'est jamais le fruit d'une réelle volonté d'exégèse mais toujours une construction qui s'enracine dans le présent et ses exigences. Bref, l'islamisme est une idéologisation de l'islam, et c'est ainsi qu'il doit être entendu, avec, évidemment, cette interrogation sur le fait que c'est dans le langage du religieux que se donne une idéologie prise par tous ses liens dans le contemporain. Il nous faut partir de ce constat : l'islam est inscrit dans les profondeurs de la réalité algérienne. Il n'est pas une structure religieuse autonome et circonscrite dans une société aux pratiques sécularisées. Il a façonné l'espace symbolique où s'est inscrit le politique. Et l'action de l'État en place depuis 1962 n'a en rien modifié cela parce que jamais n'a été entreprise l'institution d'un nouvel espace national qui aurait opposé sa ferveur civique au poids du religieux. Dès lors, le désir d'entrer dans la modernité, allié au besoin de riposter à l'anomie et à l'effilochage du tissu social consécutif à une modernisation non-maîtrisée et privée de son complément imaginaire et symbolique, fera de la religion le seul lieu d'expression possible et de mise en forme des conflits sociaux. L'islamisme, de ce fait, et nonobstant ses archaïsmes, devient une réaction culturelle, puis politique, "naturelle" à une modernisation réduite à ses aspects technicistes et "privée d'âme".

mercredi 26 octobre 2011

Le système politique algérien répond-il aux exigences d’une transition démocratique ?


Pour une algérie démocratique
A l’instar des autres pays du Maghreb et du Machrek, l’Algérie voit se développer un mouvement récurrent de révoltes populaires qui attestent la dégradation de la situation économique et sociale et la défiance à l’égard d’un système politique qui domine le pays depuis son indépendance en 1962. Nous y retrouvons les mêmes causes que dans les autres pays de la région : chômage endémique, faiblesse du pouvoir d’achat, aggravation des inégalités sociales, crise identitaire, absence de repères, notamment pour les jeunes générations.
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