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lundi 5 novembre 2012

Naissance d'un système : aux sources du pouvoir

Par Boukhalfa Amazit

La réunion dite des «Cent jours» (août-décembre 1959), qui s’est déroulée à Tunis, avait conforté les représentants de l’armée de libération dans leur position dominante par rapport aux «civils». En vérité, pour l’époque, ces vocables n’avaient pas beaucoup de sens, ou du moins ne leur attribuait-on pas l’acception qu’ils revêtiront, plus tard, une fois l’indépendance proclamée. Mais ils sont souvent utilisés par les historiens pour différencier les militants qui avaient activé ou qui activaient armés et les autres, autrement dit les politiques. Ces derniers, en général, étaient issus du mouvement national, toutes tendances confondues, à l’exception notable des communistes – injustement – ostracisés depuis toujours, y compris ceux qui se sont engagés dans le combat une fois l’heure de vérité arrivée. Les patriotes armés, si on peut les désigner ainsi, pour rester dans l’époque, exerçaient donc un empire, acquis (confisqué, serait le terme idoine), depuis la réunion du Caire du 20 août 1957.

samedi 3 novembre 2012

L’œuvre de la France coloniale en Algérie revisitée

«La conquête de la terre, qui signifie principalement la prendre à des hommes d'une autre couleur que nous, ou dont le nez est un peu plus plat, n'est pas une jolie chose quand on la regarde de près.»  
Joseph Conrad (1902).
«L’herbe ne doit plus pousser là où l’armée française a mis le pied.»  
Colonel Lucien-François de Montagnac
Par Lyes Akram
Un bras d’honneur. C’est la réponse d’une exécrable canaille de la classe politique française, Gérard Longuet, à l’exigence algérienne de reconnaissance par la France de son passé d’Etat colonial, responsable de multiples crimes en Algérie. Si le régime algérien, il est vrai, est peu qualifié, compte tenu de son déficit criard de légitimité démocratique, pour une telle entreprise, la réaction est au demeurant indécente. Cet article est un court rappel, pour les Algériens, de ce que fut la colonisation française. A son terme, des références utiles pour ceux qui désirent en savoir plus.

mercredi 24 octobre 2012

Les Mémoires qui libèrent l’Histoire

«L’histoire enfin, témoin des temps, lumière de la vérité, vie de la mémoire, maîtresse de la vie, messagère du passé… » Cicéron, De oratore II, 36.
Par Lyes Akram
La publication annoncée, en Algérie, des Mémoires du défunt président Chadli Bendjedid est un évènement extraordinaire. Les quelques bonnes feuilles publiées dans la presse (Echorouk, l’Expression…) ont d’ores et déjà suscité des réactions. Des débats, j’espère, sont à prévoir à propos de leur contenu. Ces Mémoires, en deux tomes, seront assurément un bestseller national dans les deux langues.
Ceci dit, l’écriture sur l’Histoire contemporaine du pays, y compris la parution de Mémoires de militants et hommes politiques, a sa propre histoire en Algérie. Pendant, pratiquement, les deux premières décennies de l’indépendance, une terrible chape de plomb pesait sur les historiens algériens et, partant, sur de nombreux intellectuels et autres citoyens qui voulaient aborder l'histoire du nationalisme et de la guerre d'Indépendance. Et pour cause. Le régime, qui s’était installé en 1962 à la pointe des épées, puisait sa légitimité de la manipulation de cette histoire-là – il exigeait donc une totale soumission de leur part en s’ingérant directement et à outrance dans leur travaux.

mardi 21 août 2012

Entretien avec Madame Abane Ramdane : «Ben Bella a été fabriqué par les Français»

Par : F. A.
In le journal Liberté 07-11-2002
Dans un récent entretien, l’ancien Président Ahmed Ben Bella s’est violemment attaqué à Abane Ramdane et au Congrès de La Soummam qualifié de “trahison”. Dans cet entretien exclusif, Madame Vve Abane, épouse du colonel Dehilès, répond aux accusations et rétablit certaines vérités.

mercredi 11 juillet 2012

L’arme Secrète du FLN : Comment De Gaulle a perdu la guerre d’Algérie

Par Matthew Connelly 
Introduction
Un matin du mois de mai 1961, à dix heures, trois hélicoptères de l’armée suisse traversèrent à basse altitude le lac Léman en direction d'Evian, lieu de villégiature français. L’un après l’autre, ils se posèrent sur la berge du lac, débarquèrent leurs trois passagers, puis s'envolèrent pour faire place à l’appareil suivant. Têtes baissées pour éviter les pales en rotation, les hommes ainsi rassemblés lissèrent leurs costumes, puis se dirigèrent vers le groupe d’officiels français qui les attendaient. Invisibles mais tout proches, des batteries anti-aériennes délimitaient un périmètre défensif, tandis que des patrouilles armées et des barrages routiers quadrillaient la campagne environnante. Et sous le lac, pourtant en apparence paisible, se cachaient des équipes d’hommes-grenouilles.

Matthew Connelly : «Le FLN a lancé la Bataille d’Alger pour gagner la bataille de New York»

 
L’indépendance a été arrachée non pas tant dans les maquis de l’ALN que dans les coulisses des chancelleries étrangères grâce à l’habileté des diplomates du FLN et leur remarquable travail de lobbying. Ainsi pourrait-on résumer la thèse qui sous-tend l’excellent exposé de l’historien américain Matthew Connelly dont l’intervention a fait sensation au point de lui valoir des applaudissements nourris. Matthew Connelly est professeur à Columbia University. Il est notamment l’auteur d’un ouvrage de référence : L’arme secrète du FLN. Comment De Gaulle a perdu la Guerre d’Algérie (Payot, 2011). Et c’est précisément l’intitulé de sa communication.

lundi 9 avril 2012

L’hypothèse totalitaire en Algérie, le cas du FLN 1954-1962

Par Mohammed Harbi
Qu’est-ce que le FLN ? Les doctrinaires militaires français l’ont abusivement identifié comme mouvement  totalitaire, en avançant trois arguments: 
- Le premier assimilait au totalitarisme tout mouvement qui ne relève pas de la démocratie libérale.
- Le second établissait une confusion entre le parti unique de type soviétique qui se veut l’élément dirigeant du prolétariat et en émerge pour des raisons théoriques au nom d’un principe abstrait, l’idéal communiste et les rassemblements nationaux du Tiers-Monde, regroupements hétéroclites de forces politiques et sociales.
- Le troisième met l’accent sur un exercice du pouvoir assuré par la terreur. 

lundi 19 mars 2012

Le destin de l’Algérie : de la guerre au totalitarisme, partie 1 (dossier)

À l’occasion du cinquantenaire des Accords d’Evian signé le 18 mars 1962, en vertu desquels un cessez-le-feu est observé par l’ALN et le FLN d’un coté, et l’armée française, de l’autre, à partir du lendemain, 19 mars à midi, après plus de sept ans de guerre atroce, «Informations et Réflexion» invite ses lecteurs à lire la première partie (6 articles) d’un dossier spécial, «Le Destin de l’Algérie : de la Guerre au Totalitarisme», comprenant au total 16 articles sur la guerre d’indépendance algérienne et, surtout, l’Algérie indépendante. La seconde partie (10 articles) dudit dossier sera publiée à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance, début juillet prochain. Quant à la première partie, elle contient, donc, six articles. Les auteurs de ces articles sont : Mohammed Harbi (historien), Djoudi Attoumi (officier de l’ALN), Abdelmadjid Merdaci (sociologue), Ahmed Rouadjia (sociologue), Saïd Sadi (homme politique).

La fin d'un long calvaire dans les maquis

Par Djoudi Attoumi
La guerre de Libération a été effroyable. Elle a entraîné des centaines de milliers de morts. 1 500 000 civils tués ainsi que 40.000 combattants en armes (*). Du sang, des larmes, des souffrances indescriptibles et la mort furent le lot quotidien des 7 années et demie de guerre de tout un peuple. Des milliers de villages rasés, des milliers de douars vidés de leurs habitants et déclarés zones interdites. Deux millions d'Algériens, soit 30% de la population rurale déplacés et regroupés dans des centres où ils subissent la promiscuité, la précarité, l'insalubrité, et tous les maux sociaux à l'intérieur de fils barbelés, tel un no man's land...

Les accords d’Evian à l’aune des désaccords algériens

Par Abdelmadjid Merdaci
Le 18 mars 1962 étaient scellés, entre la délégation du gouvernement français et celle du GPRA, ce qui allait devenir pour l’histoire «Les accords d’Evian» et dont l’aspect le plus emblématique était l’application du cessez-le-feu à compter du 19 mars à midi. Dans la soirée du 18, le général de Gaulle s’adresse aux Français auxquels il annonce la fin des combats soulignant notamment que «le cessez-le-feu en Algérie, les dispositions adoptées pour que les populations y choisissent leur destin, la perspective qui s’ouvre avec l’avènement d’une Algérie indépendante ».

La guerre d’Algérie a commencé à Sétif

 Par Mohammed Harbi
 Désignés par euphémisme sous l’appellation d’« événements » ou de « troubles du Nord constantinois », les massacres du 8 mai 1945 dans les régions de Sétif et de Guelma sont considérés rétrospectivement comme le début de la guerre algérienne d’indépendance. Cet épisode appartient aux lignes de clivage liées à la conquête coloniale.

mercredi 14 mars 2012

Histoire d’une infiltration de la DST dans le FLN: l’affaire Mourad

Par Mohammed Harbi
Dans la guerre qui a opposé le colonialisme français au nationalisme algérien, la manipulation et le renseignement ont joué un grand rôle. Certaines opérations, le contre-maquis de Kabylie (1956), le maquis Kobus (1957, 1958)[1], l'affaire Bellounis[2] (mai 1957 - mai 1958) ont tourné à l'avantage de l'Armée de libération nationale (ALN). D'autres ont été occultées parce qu'elles mettent en cause une version héroïsée d'une histoire, inapte à intégrer le pluralisme des phénomènes historiques. C'est le cas de l'affaire « Mourad »[3], évoquée dans le livre de Gilbert Meynier sur le Front de libération national (FLN)[4], dans les travaux de Neil Mac Master et Jim House sur les manifestations du 17 octobre 1961[5] et aussi dans l'ouvrage de Jacques Charby sur l'action des réseaux de soutien au FLN[6], mais toujours absente de l'historiographie du FLN.

mercredi 4 janvier 2012

Mohammed Harbi: «Nos gouvernants disent n’importe quoi…»


La réédition par la maison Dahlab d’un important ouvrage de Mohammed Harbi, Les archives de la Révolution algérienne, vingt ans après leur première parution en France, est le fil rouge de cet entretien dans lequel l’éminent historien révèle comment il a réuni cette masse de documents inédits qui composent son ouvrage. M. Harbi plaide pour une histoire plurielle du Mouvement national, affranchie des manipulations politiques. Il répond au passage au ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, qui l’accuse d’avoir accaparé des archives de Krim Belkacem.

mercredi 23 novembre 2011

Le poids de l’histoire : Et la violence vint à l’Algérie



Par Mohammed Harbi 
In Le Monde Diplomatique, Juillet 2002
 
« Silence, on tue ! » : depuis le début de l’année, plus de 700 Algériens sont tombés sous les coups des islamistes ou des militaires. C’est donc encore marquée par dix années d’une guerre civile atroce que l’Algérie célébrera, le 5 juillet 2002, le quarantième anniversaire de son indépendance. Mais le bilan négatif de ces quatre décennies ne tient pas qu’aux massacres qui persistent. Une caste de privilégiés a dilapidé les acquis de la révolution algérienne comme les richesses du pays, qu’elle a enfoncé dans une terrible impasse économique et sociale : chômage massif, revenus en chute libre, explosion de la pauvreté, crise du logement, services publics déficients, etc. Autant de tares qui ne trouvent évidemment pas leur source dans on ne sait quels «gènes». Violence et gabegie s’inscrivent dans une longue histoire, que rythmèrent la colonisation française, puis la guerre de libération et, enfin, la confiscation du pouvoir par les dirigeants de l’armée et du parti unique.
La violence dans laquelle l’Algérie est plongée apparaît aux bons esprits comme l’expression d’une tendance ancrée dans son caractère national. Cette conception relevant du déterminisme culturel a l’évidence trompeuse des idées simples. La violence, faut-il le rappeler, n’est l’apanage d’aucune société. Elle est au coeur de toute humanité et la question qui se pose est celle des circonstances qui la font éclater et s’imposer sur la scène sociale, ainsi que les formes qu’elle y prend et qui semblent, elles, relever de l’héritage culturel propre à chaque société.

jeudi 20 octobre 2011

Il était une fois Krim Belkacem au djebel

Il y a 41 ans, la SM l’assassinait en Allemagne : 
Il était une fois Krim Belkacem au djebel… 


Par Lyes Akram

Emblème incontesté et incontestable de la bravoure et du patriotisme en Algérie, Krim Belkacem avait vécu un destin pathétique. S’étant opposé à la tyrannie criminelle de Ben Bella puis, après son putsch, à la dictature totalitaire du colonel Boukharouba, Krim Belkacem, le plus grand des maquisards de la Guerre de libération nationale, est sauvagement étranglé le 18 octobre 1970 dans une chambre de l’hôtel intercontinental à Düsseldorf (Francfort), en Allemagne, par un commando de la SM, la sinistre Sécurité militaire algérienne de Kasdi Merbah, dirigé par H’mida Aït-Mesbah, après que le colonel Boukharouba l’eût fait condamner à mort par contumace, un an auparavant, en actionnant sa justice sur ordre. Retour sur la vie et l’assassinat d’un des plus grands héros que l’Algérie ait enfanté. 

lundi 17 octobre 2011

Cinquantenaire de la disparition du psychiatre engagé : Frantz Fanon, de Joinville à Abane


Par Mustapha Benfodil 
Défier, défaire l’ordre colonial avec les outils de la psychiatrie : voici, résumé à grands traits, le projet politique fanonien. Une vaste entreprise de libération en démontant les mécanismes psychiques de la domination coloniale. Projet qu’il portera à bras-le-corps dès qu’il intégrera l’hôpital psychiatrique de Joinville-Blida, en 1953.

samedi 20 août 2011

Il y a 55 ans, la tenue d’un congrès national était inéluctable

Par Ait Benali Boubekeur

La scission du principal parti nationaliste, le PPA-MTLD, hypothéqua un moment l’espoir de sortir de l’assujettissement colonial. A partir de là, le sort de l’Algérie fut entre les mains du courant activiste. Naturellement, cette troisième tendance croyait en l’action armée pour se débarrasser du joug colonial. Bien qu’ils aient été militants politiques avant le déclenchement de l’action armée, force est de reconnaitre que la violence générée par ces évènements éloigna « les durs » de la voie modérée. Dans le premier temps, leur influence se manifesta dans les villages. Avant qu’Abane ait ramené les centralistes au FLN, la ville, dans sa large proportion, fut réticente. Selon Mohamed Harbi, dans « FLN, mirage et réalité » : « Des attentats du 1er novembre 1954 au 5 juillet 1956, date de l’ordre de grève générale lancée par le FLN et massivement suivie, la situation en Algérie s’était profondément modifiée. Villageois à l’origine, le mouvement a jeté le trouble chez les notables ruraux, vivier où les autorités coloniales recrutaient les élus préfabriqués ». 
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