jeudi 10 mars 2016

Algérie : Langues centrales, langues locales et guerres linguistiques fomentées par le régime

Pour l’auteur de cette contribution, « ni l'arabe ni le français ne représentent, aujourd'hui, en Algérie des instruments d'une homogénéisation culturelle offrant des issues vers le haut – et les langues locales encore moins ». Le pouvoir, écrit-il, « oriente davantage les forces sociales vers des ‘’guerres linguistiques’’ (...) et comme les militants linguistiques de tous bords, il n'offre qu'une folklorisation religieuse ou localiste, et ne promeut, dans aucune langue, une centralité positive apportant un plus aux populations ».

Par Ahmed  Henni

Les Maghrébins Augustin, Ibn Khaldoun ou, entre autres, Kateb Yacine seront parmi les plus grands penseurs, respectivement, du christianisme et de l'humanité, des sciences sociales et historiques, ou de la poésie et littérature. L'accès à une langue de haute culture – ici le latin, l'arabe, ou le français – permet de s'approprier, à une époque donnée, les œuvres de l'humanité connue. Les langues locales ne peuvent le faire. Elles manquent de moyens matériels. Nous y reviendrons.

Fin de la police politique ou restauration d’une présidence régalienne ?

 Par Yacine Temlali

Le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), la trop puissante police politique algérienne, a été marginalisé sans drame par un vieux président de 78 ans, malade et impotent, ouvrant la voie à la restauration de la présidence toute-puissante dans le style de Houari Boumediène et Chadli Bendjedid. Mais la crise économique et la fragilité de l’Exécutif lui interdisent d’aller trop loin contre le dernier rempart du régime.

Autoproclamé dieu de l'Algérie, sa déchéance rappelle plusieurs fables.
Mohamed Médiène

Le 13 septembre 2015, un communiqué de la présidence de la République annonçait la mise à la retraite du chef du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), le général de corps d’armée Mohamed Mediene, et son remplacement par l’un de ses anciens subordonnés, le général-major à la retraite Bachir Tartag. Cette annonce a été considérée, non sans raison, comme un événement majeur.

dimanche 28 septembre 2014

Algérie : l’illusion du général patriote sauveur

L'armée ne doit etre que le bras de la nation, jamais sa tête. Pierre Baroja 
Bouteflika et l'armée. Qui commande qui ?


Par Lyes Benyoussef

En Algérie, la crise n’a pas commencé au lendemain du quatrième mandat d’un chef d’État impotent, ni à sa veille. C’est pourtant cet affront qu’il aura fallu pour que bouge, ne serait-ce qu’un peu, une opposition longtemps déchirée. Cependant, les prémices d’un regroupement de l’opposition algérienne – actuellement en œuvre – augurent d’une possibilité d’amélioration, et ce n’est pas là une affaire ténue dans un pays où le confusionnisme, maintenu à dessein, a toujours entravé les actions. En effet, ce regroupement, s’il devient effectif et fonctionne, sera sans conteste l’action la plus méritoire jamais entreprise par l’opposition, toutes tendances confondues par ailleurs, depuis l’Indépendance du pays.
Cela dit, depuis quelques années déjà, des intellectuels et des hommes politiques de divers horizons disent avoir trouvé (découvert ?) la solution pour sortir de la crise dans laquelle pataugent, tous ensemble, l’État et la société.

jeudi 31 janvier 2013

Entreprises publiques : changement de statut ou changement de paradigme culturel ?

Mohammed Salah Chabou est docteur en sciences de gestion

Par Mohammed Salah Chabou 

Pour H. Poincaré, «la pensée ne doit jamais se soumettre ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n’est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, serait cesser d’être». Or, depuis les années 1970 et surtout après l’effondrement du bloc «socialiste», le néolibéralisme, sachant qu’«une domination n’est jamais aussi bien assurée que lorsqu’elle s’accomplit avec l’assentiment des dominés» (J. Baudouin), a développé une véritable «ingénierie du consentement» soutenue, comme le souligne Ignacio Ramonet, par «une invisible et omniprésente police de l’opinion», qui lui a permis d’imposer une pensée unique exprimant les intérêts du capital international.

mercredi 30 janvier 2013

Marché, État et société en Algérie


Pour le grand sociologue algérien, il faut défendre la société composée d'individus sujets de droit

Par Lahouari Addi

Depuis 1962, l’Algérie est en chantier, subissant des bouleversements morphologiques d’une grande ampleur, à tel point qu’elle est une expérience sociologique grandeur nature. La société est en pleine restructuration, soumise au processus de formation de classes sociales, formation devenue manifeste depuis que le régime a abandonné l’utopie de l’économie administrée. Pour un sociologue, un économiste, un politologue, l’Algérie est un terrain de recherche idéal qui attend les paradigmes d’analyse pour cerner conceptuellement cette expérience très riche. Les sciences sociales, comme nous le savons, n’émettent pas de jugements, positifs ou négatifs ; elles essaient cependant de reconstituer les logiques des processus, leurs contradictions par rapport aux représentations des acteurs. J’utiliserais toutefois le mot «échec» pour le régime qui avait promis, dès les années 1960, de développer l’économie et de moderniser la culture. L’Algérie n’est pas, en 2012, un pays développé, et sa culture est encore déchirée entre des aspirations modernistes utopiques et une apologie du passé sans aucune conscience historique.

mardi 11 décembre 2012

Corruption : affaire Saipem-Sonatrach

Affaire SAIPEM :
Un salaire de 140 000 DA pour le fils du PDG de Sonatrach 
Si au début de l’affaire, le représentant de Saipem était inculpé et son passeport confisqué, depuis quelques mois, c’est uniquement la société en tant que personne morale qui reste poursuivie et ses comptes (sauf un) sont bloqués. Dans le dossier actuellement en instruction, Saipem Contracting Algérie est poursuivie en tant que personne morale pour «corruption et blanchiment d’argent à travers d’indus avantages» donnés à Réda Meziane, fils de Mohamed Meziane, l’ancien PDG de Sonatrach. Vers le mois d’août 2007,  Réda Meziane avait signé un contrat de consulting pour un salaire de 140 000 DA, pour une durée d’une année renouvelable. Selon le dossier judiciaire, il a également reçu la somme de 4 millions de dinars de la part du patron de Saipem Algérie, pour acheter une voiture à son épouse.

Retour sur une arnaque de Chakib Khelil

Il vient d’être recruté par une nouvelle société canadienne : 

Le retour du conseiller Chakib Khelil 


Ancien ministre impliqué dans des affaires de corruption massive


L’ancien ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, vient d’être recruté en qualité de conseiller principal, dans une entreprise canadienne dont les propriétaires ont bénéficié, durant une décennie, de facilités inimaginables en Algérie. L’argent gagné au détriment de Sonatrach est recyclé à travers une nouvelle société pétrolière qui risque de revenir une nouvelle fois dans le pays et accéder à de nouveaux contrats.

dimanche 9 décembre 2012

Entretien avec Pierre Dortiguier : «Le judaïsme est une pancarte pour soutenir l’entité sioniste»


-Algeriepatriotique : Vous intervenez fréquemment pour commenter l’actualité dans la région du Moyen-Orient, et, globalement, dans le monde musulman. Que pensez-vous de ces «révolutions» qui secouent cette région depuis deux ans ? Sont-elles porteuses d’un vrai changement, positif pour ses populations ?
-Pierre Dortiguier : A répondre d’une manière synthétique, je vous dis ma certitude que ces révolutions qui ont reçu médiatiquement la dénomination de «printemps arabe» sont un engrenage dans lequel on a fait entrer des forces politiques nationales, pour les broyer et affaiblir durablement la force des institutions étatiques qui leur servait de fondement, de cadre, de forme comme nous disons en philosophie. Ce fut le cas de la Tunisie qui avait naturellement des aspects négatifs – qui n’en a pas dans notre monde ? –, mais avait, depuis Bourguiba, considérablement augmenté sa puissance, avec des injustices, corrigeables par le développement. 

La Faillite du Monde Moderne - Salim Laibi

Salim Laibi (Le Libre Penseur) présente, dans cet entretien, son livre La Faillite du Monde Moderne (préfacé par Pierre Dortiguier), et donne son point de vue sur quelques questions importantes. 

Le temps des torches humaines


L'anthropolgue algérien rend compte d'un livre de Annamaria Rivera

Par Djamel Guerid 

On observe, ces deux dernières années, dans notre région et ailleurs dans le monde, une recrudescence remarquable et alarmante des suicides par le feu. A ce phénomène, le geste de Mohamed Bouazizi a donné une visibilité dramatique qui a frappé les esprits. Il n’est pas le premier et nous savons qu’il a été suivi par beaucoup d’autres dans un Maghreb en crise, mais aussi dans une Europe profondément précarisée et meurtrie et dont «l’homme rendu malade», la Grèce a connu, ces deux dernières années, 1725 cas de suicide.
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