
Le
face-à-face algérien, gros de tous les périls, entre l’armée et les islamistes
se joue en présence d’un troisième acteur dont on aurait tort de sous-estimer
la capacité contraignante : Hocine Ait-Ahmed. A 65 ans, l’ancien « chef
historique » de la
Révolution tire sa force d’une conviction fondamentale – il
est le seul, ou peut s’en défaut, à jouer vraiment le jeu de la démocratie.
Avec vingt-cinq sièges, son Front des Forces Socialistes a devancé le FLN aux
élections de 26 décembre 1991. Mieux cette formation essentiellement kabyle a
rassemblé le 2 janvier dans les rues d’Alger plusieurs centaines de milliers de
personnes autour de mots d’ordre tout simples : liberté individuelle, liberté
collective, droits de la femme. Surtout,
ce chef de conviction a eu le courage, face aux démocrates au souffle court,
d’accepter le verdict du suffrage universel jusque dans ses conséquences à
priori inacceptables pour un homme tel que lui : la victoire des islamistes.
L’armée n’a pas permis que cette expérience qu’il appelait, amer, de ses vœux,
afin que son échec prévisible ait une vertu pédagogique, puisse se dérouler. Certains
diront que Hocine Ait-Ahmed n’est pas un grand politique, encore moins un
politicien. Ils auront peut-être raison, car la constance n’est pas toujours en
ce domaine vertu. Constance, maître mot. Il y a six ans, en 1985, dans des
entretiens inédits qui devaient servir de base à un livre, Ait Ahmed, alors
exilé, avait confié à Hamid Barrada des propos passionnants d’une singulière
actualité. Sur
l’islamisme, l’arabisation, la sécurité militaire, l’assassinat de Krim
Belkacem, « Si Hocine » s’était exprimé sans retenue. Avec une limpidité dont
l’Algérie aurait bien besoin en ces temps de confusion.