mardi 27 décembre 2011

Ahmed Benbitour : «La décennie 2010- 2020 enregistrera la dérive de l’Etat algérien vers une situation de déliquescence»


Entretien réalisé par Brahim Taouchichet
Plusieurs fois ministre puis chef de gouvernement, Ahmed Benbitour est ce que l’on pourrait appeler le parfait fonctionnaire, sérieux, studieux, homme des grands dossiers et de missions délicates. Il a chuté dans le sérail politique sans parrainage ni sponsors comme l’exigent les us et coutumes en vigueur. Il démissionne en 2000 suite à un désaccord avec Abdelaziz Bouteflika et — fait nouveau — le fait savoir dans une lettre rendue publique le lendemain même de cette grave décision et se retrouve mis à la retraite à l’âge de 54 ans ! Mais il n’est pas resté dans son coin à ronger son frein. Bien au contraire, il fait preuve d’une grande activité… politique lui que l’on peut assimiler plutôt à un technocrate, commis de l’Etat. Pour lui, le pays tel que gouverné actuellement fonce droit vers le précipice, «la nation est en danger». Par la faute d’un «pouvoir autoritariste et patrimonialiste ».

jeudi 22 décembre 2011

Le régime et son printemps israélo-algérien


Par Lyes Akram
Ainsi donc, la presse du régime a décidé de médiatiser, la semaine dernière, une information selon laquelle un CNT-DZ (Conseil National de Transition Algérien) est en préparation… à Washington. Puis, un certain Jean-Patrick Grumberg, un journaliste franco-israélien (qui se définit lui-même comme « lobbyiste » pro-israélien) a décidé, mine de rien, non seulement de rapporter l’information, mais, en outre, de nous révéler les noms de ceux qui auraient été retenu pour siéger au sein du CNT-DZ !
Doit-on s’interroger comment un journaliste israélien a su déterminer ces noms ? Il nous dit qu’une source à Alger, FP (on comprend qu’il ne s’est pas cassé trop la tête dans ce choix), lui a rapporté sa « révélation ». D’entrée : qui peut croire à l’existence d’une source si informée et à Alger, donc au vu et au su du DRS, communiquant avec un journaliste israélien. Sauf si c’est une source au sein même du DRS, ou si le journaliste est au service de celui-ci…

14 hectares à Bouchaoui pour 900 millions de centimes!



(KalimaDZ) Un terrain à Bouchaoui, de 14 hectares, 144550 m2 exactement, à moins d’un milliard de centimes, c’est possible. C’est possible, si vous êtes un proche de Cherif Rahmani, ministre de l’environnement et de l’aménagement du territoire.

mercredi 21 décembre 2011

L’essence du néolibéralisme

Cette Utopie, en voie de réalisation, d’une exploitation sans limite 

L’essence du néolibéralisme 


Le grand sociologue français Pierre Bourdieu dénonce la dérive néolibérale

Par Pierre Bourdieu

Le monde économique est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu’il inflige, soit de manière automatique, soit – plus exceptionnellement – par l’intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l’OCDE, et des politiques qu’ils imposent : baisse du coût de la main-d’œuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail ? Et s’il n’était, en réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l’aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ?

lundi 19 décembre 2011

L'indice de perception de la corruption et le gouvernement algérien...


(Le Soir d'Algérie) Le gouvernement algérien n'a pas du tout apprécié les très mauvais résultats de l'Algérie — 2,9 sur 10 et la 112e place — dans l'Indice 2011 de perception de la corruption, et il l'a fait savoir il y a quelques jours par... le président de l’Organe national de lutte contre la corruption, M. Bouzeboudjen Brahim. Au lieu de faire savoir comment il compte lutter contre la corruption, le pouvoir algérien emprunte la très mauvaise voie de la remise en question d'un Indice parmi tant d'autres. Plus ridicule encore, il annonce que l'Organe national de prévention et de lutte contre la corruption a programmé la création d'un indice propre à l'Algérie ! Nous répondons ci-dessous aux questions les plus fréquentes et relatives à l'IPC 2011.

samedi 17 décembre 2011

2011 : Le printemps arabe ?


Par Samir Amin
L’année 2011 s’est ouverte par une série d’explosions fracassantes de colère des peuples arabes. Ce printemps arabe amorcera-t-il un second temps de « l’éveil du monde arabe » ? Ou bien ces révoltes vont-elles piétiner et finalement avorter – comme cela été le cas du premier moment de cet éveil évoqué dans mon livre L’éveil du Sud. Dans la première hypothèse, les avancées du monde arabe s’inscriront nécessairement dans le mouvement de dépassement du capitalisme / impérialisme à l’échelle mondiale. L’échec maintiendrait le monde arabe dans son statut actuel de périphérie dominée, lui interdisant de s’ériger au rang d’acteur actif dans le façonnement du monde.

lundi 12 décembre 2011

Le déclin de la gauche dans le monde arabe: Causes et conséquences


Par Lyes Akram
Les résultats des élections en Egypte, après celles de Tunisie, confirment ce que nous savons déjà depuis plusieurs années (depuis 1989 en Algérie), à savoir que la gauche dans le monde arabe (la grande et disparate famille) n’a carrément pas d’existence «sur le terrain» : elle n’a point de valeur chez les populations, pas de crédibilité et le visible pullulement de mosquées avec ce discours religieux toujours somnifère n’est assurément pas le seul élément qui a entraîné la chute de la gauche, ni même le plus important ce que je vais tenter de démontrer dans cet article. Tragique, ce déclin aura en définitive des conséquences pénibles.

هل اصبح نضال النساء العربيات بممارسة الجنس العلني وخلع الملابس؟

مطلوب ثورة على الفساد والكبت قبل اسقاط الانظمة:
 رويدا مروّه
قد تظّن علياء المهدي الفتاة المصرية المسلمة والشابة أنّها أكثر تحرّرا من بقية النساء العربيات عموما والمسلمات خصوصا وقد تظّن الممثلة التونسية الشابة نادية بوستة انّها أكثر النساء العربيات والمسلمات جرأة في رفض قمع حرية الرأي والتعبير في الدول العربية عامة والدول الاسلامية خاصة. ولكن غاب عن بال المهدي وبوستة أنّ هناك اصواتا نسائية عربية مسلمة ومسيحية ودرزية وبهائية ويهودية من العالم العربي ناضلن ويناضلن من أجل رفض كافة اشكال قمع حرّية الرأي والتعبير الذي تتعرّض له المرأة العربية ورفض كافة اشكال انتهاك حقوقها لكنذ هؤلاء المناضلات انتهجن اساليب أخرى في الشهرة والاعلان عن انفسهن بعيدا عن نظرية 'خالف تعرف' هؤلاء عملن ويعملن ليل نهار ويدفعن من جيوبهن ووقتهن ومجهودهن الخاص ويضحيّن بوظائفهن احيانا لأجل القيام بمبادرة تدعم حقوق المرأة وتصون كرامتها وتحميها من كافة اشكال الاستغلال الذكوري والقانوني والديني والاجتماعي لها...

Féminismes et nudisme dans le monde arabe


Par Lyes Akram

Avec les explosions fracassantes des peuples dans le monde arabe depuis janvier dernier, l’élément féminin a pu s’imposer comme acteur social majeur. L’importance qui lui est accordée est de plus en plus manifeste. Par exemple par le nombre de femmes dans la Constituante Tunisienne.  En Egypte, on voit que même les salafistes, l’élément «archi-réactionnaire» (comme le veut la qualification de Samir Amin) des sociétés arabes, ont accepté cette affirmation féminine en tentant néanmoins de la «voiler». Et l’actuelle conjoncture, à l’évidence unique, est certes celle où se débattent les questions les plus essentielles. Avec des peuples en plein éveil, les grands thèmes peuvent être éclairés conduisant ainsi, par le dialogue fécond, à l’adhésion populaire aux projets qui visent sincèrement à libérer tant l’individu que les peuples, si et seulement si les enjeux sont bien identifiés et la raison demeure maitresse.

L’internationale de l’obscurantisme


Par Samir Amin
1. Le terme de spiritualité appartient à la langue religieuse. Il implique l’adhésion à la croyance dans l’existence d’une force extérieure à l’être humain qui lui insuffle la vie, la conscience et la distinction morale du bien et du mal.
Ce terme est, de ce fait, inacceptable pour les athées et les agnostiques. La réalité de la spiritualité ne peut être «prouvée», ni son contraire, comme l’existence ou la non existence de Dieu (dont le terme est synonyme) ne peut l’être. Cette preuve est impossible par définition : le supra-naturel (au dessus de la nature, méta-physique), s’il «existe», ne peut être conçu par les moyens dont la nature a pourvu l’humain.

«L’Islam dans les médias» d’Édward W.Saïd: Les «unes» des autres


Par Nadia Agsous 
Comment la couverture médiatique de la presse occidentale et américaine en particulier a-t-elle représenté le monde musulman ? Quel sens prend le terme «Islam» sous la plume de certains journalistes, universitaires et «experts» en la matière ? Quelles sont les caractéristiques principales de la figure du musulman qui se dégagent des articles de journaux et des analyses sur l’Islam et le monde musulman ? Ces questionnements, au cœur de l’ouvrage d’Edward W. Saïd*, paru en 1997 et publié la première fois aux Editions Actes Sud qui viennent de le rééditer, interviennent dans un contexte bien particulier, celui des années 1970 et leur lot d’événements qui ont contribué à qualifier le monde musulman de «région stratégique et sensible» : la révolution iranienne de 1979, la réémergence du nationalisme radical dans les sociétés musulmanes...

jeudi 8 décembre 2011

Communiqué du FCN : Non à la néo-colonisation!


Par ce Communiqué du 8 Décembre 2011, la Permanence politique du Front du Changement National prend à témoin les citoyennes et les citoyens algériens sur l’atteinte grave et délibérée qui vient d’être portée hier mercredi 7 Décembre, contre la souveraineté nationale à travers cette véritable «comparution-audition» du ministre des affaires étrangères du pouvoir illégitime d’Alger par devant la Commission parlementaire française des affaires étrangères. D’autant plus que cette «comparution-audition» a lieu juste à la suite de cette visite-éclair – qui ressemble étrangement à une visite d’inspection – du ministre français de l’Intérieur Claude Guéant ; un personnage au parcours raciste et anti maghrébin, qui s’est permis de venir délivrer des satisfecits de bonne conduite à un régime qui pille les richesses de tout un pays, après avoir provoqué une guerre contre son propre peuple.

mercredi 23 novembre 2011

Le poids de l’histoire : Et la violence vint à l’Algérie



Par Mohammed Harbi 
In Le Monde Diplomatique, Juillet 2002
 
« Silence, on tue ! » : depuis le début de l’année, plus de 700 Algériens sont tombés sous les coups des islamistes ou des militaires. C’est donc encore marquée par dix années d’une guerre civile atroce que l’Algérie célébrera, le 5 juillet 2002, le quarantième anniversaire de son indépendance. Mais le bilan négatif de ces quatre décennies ne tient pas qu’aux massacres qui persistent. Une caste de privilégiés a dilapidé les acquis de la révolution algérienne comme les richesses du pays, qu’elle a enfoncé dans une terrible impasse économique et sociale : chômage massif, revenus en chute libre, explosion de la pauvreté, crise du logement, services publics déficients, etc. Autant de tares qui ne trouvent évidemment pas leur source dans on ne sait quels «gènes». Violence et gabegie s’inscrivent dans une longue histoire, que rythmèrent la colonisation française, puis la guerre de libération et, enfin, la confiscation du pouvoir par les dirigeants de l’armée et du parti unique.
La violence dans laquelle l’Algérie est plongée apparaît aux bons esprits comme l’expression d’une tendance ancrée dans son caractère national. Cette conception relevant du déterminisme culturel a l’évidence trompeuse des idées simples. La violence, faut-il le rappeler, n’est l’apanage d’aucune société. Elle est au coeur de toute humanité et la question qui se pose est celle des circonstances qui la font éclater et s’imposer sur la scène sociale, ainsi que les formes qu’elle y prend et qui semblent, elles, relever de l’héritage culturel propre à chaque société.

mardi 22 novembre 2011

Impossible Histories: Why the Many Islams Cannot be Simplified

Proeminent Thinker, Edward Said explains the Problems of the Treatment of Islam in the West

By Edward Said


Harper's, July 2002


The history of trying to come to terms with this somewhat fictionalized (or at least constructed) Islam in Europe and later in the United States has always been marked by crisis and conflict, rather than by calm, mutual exchange. There is the added factor now of commercial publishing, ever on the lookout for a quick bestseller by some adept expert that will tell us all we need to know about Islam, its problems, dangers, and prospects. In my book Orientalism, I argued that the original reason for European attempts to deal with Islam as if it were one giant entity was polemical—that is, Islam was considered a threat to Christian Europe and had to be fixed ideologically, the way Dante fixes Muhammad in one of the lower circles of hell. Later, as the European empires developed over time, knowledge of Islam was associated with control, with power, with the need to understand the "mind" and ultimate nature of a rebellious and somehow resistant culture as a way of dealing administratively with an alien being at the heart of the expanding empires, especially those of Britain and France.

lundi 21 novembre 2011

Religion, Démocratie et Libertés au Maghreb


Par Smaïl Goumeziane
Il a suffit de trois mots : charia, victoire et Ennahda, pour que le débat, passionné, sur la compatibilité de l’Islam et de la Démocratie soit relancé et que des craintes, réelles ou supposées, sur l’avenir du Maghreb, et de ses femmes, soient exprimées ça et là, des deux côtés de la Méditerranée. Contribuant, une fois de plus, et davantage, à entretenir la confusion plutôt qu’à en éclaircir les termes.  Pourtant, débarrassé de son caractère passionné, un tel débat reste plus que jamais d’actualité. A condition de le sortir des clichés, de l’affect et de recourir au maximum de rationalité.

lundi 14 novembre 2011

Une déviation de la modernité : Qu’est-ce que l’islamisme?


Par Jacques Berque
Le Monde Diplomatique, Août 1990

L’islamisme contre l’islam (1), tel est le titre, provocant à souhait, que le traducteur français donne au livre d’un haut magistrat égyptien, Muhammad Saïd Al-Ashmawi, intitulé en arabe : l’Islam politique. Si le traducteur a mis là quelque intention maligne, il n’a pas pour autant trahi la thèse centrale des nombreux écrits et propos que l’auteur, juriste, partisan convaincu de la rationalité et de la division des pouvoirs, a prodigués sur un problème que l’Occident suit avec inquiétude depuis l’accession au pouvoir, en 1979, de l’imam Khomeiny en Iran.
Comment dénommer l’ensemble d’idées et de comportements qui avait pris en Iran le tour d’une révolution culturelle ? Ici commence la perplexité pour les Occidentaux. Entendez-les parler d’"islamisme", d’"intégrisme", de "fondamentalisme", de "mouvement des Frères musulmans", etc. On mêle ainsi les néologismes, les analogies fallacieuses et l’anachronisme, ce qui n’est pas une bonne méthode pour comprendre une réalité spécifique…

La liberté de la presse sous surveillance


Par Fayçal Métaoui 
Les autorités affichent la volonté de mettre des barrières devant la liberté d'expression. L'article 80 du projet trace à grands traits les lignes rouges pour l'accès à l'information. Le gouvernement s’ingère dans l’élaboration d’une charte d’éthique et de déontologie à la place des journalistes.

vendredi 11 novembre 2011

L'homme de la civilisation


Par Nour-Eddine Khendoudi
Les difficultés pour dégager un sens précis à la civilisation n’empêchent pas les historiens de s’accorder sur quelques points essentiels de la question. On songera en premier lieu au passage du nomadisme vers la sédentarité. Enoncée par Ibn Khaldoun, l’idée fera la trame chez de nombreux penseurs, si bien que l’urbanité, plus que la gradation et l’affinement, rime avec civilisation. Selon Gordon Childe, la civilisation est l’avènement de la ville et c’est au «creuset socio-urbain que la culture se transforme en civilisation». C’est un type de «culture qu’on trouve dans les villes», ajoute Bagby. L’Anglais Arnold Toynbee s’est fondé sur les travaux de ces deux intellectuels anglo-saxons pour définir et forger certains de ses concepts sur le phénomène de la civilisation et échafauder ses thèses dans Study of history.

Heurs et malheurs du pétrole algérien

 

Par Hocine Malti
Depuis son installation à la tête du secteur de l’Energie et des Mines, le nouveau ministre, Youcef Yousfi, ne cesse de constater combien est catastrophique l’héritage que lui a laissé son prédécesseur Chakib Khelil. Il vient de se rendre compte encore récemment, en septembre et octobre derniers, que l’Algérie avait pris un énorme retard en matière de formation et dans le domaine de la recherche et du développement. Il a pris aussi conscience que le secteur des hydrocarbures algérien avait cessé d’être attractif aux yeux des investisseurs potentiels, après que trois appels d’offres lancés par l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft) se soient avérés négatifs. Il n’est malheureusement pas au bout de ses désillusions. Il sera encore beaucoup plus choqué quand il découvrira l’état de délabrement dans lequel se trouvent certaines unités industrielles, les usines de liquéfaction en particulier, ou la dégradation avancée de certains gisements, dont Hassi Messaoud notamment.

URGENT : Un citoyen de Ouargla kidnappé et disparu depuis 46 jours!


La cellule des droits de l’homme du Front du Changement National vient d’être informée d’un cas d’arrestation et de disparition d’un citoyen de Ouargla, en dehors des voies judiciaires légales. En effet, selon une lettre adressée par le frère de la victime à la ligue des droits de l’Homme, il est signalé que Mr Hamdaoui Abdelkader, né le 30 avril 1987 à Rouissat (Ouargla) et demeurant dans la même localité a été arrêté le 27 septembre 2011 à 15h au domicile de sa grand-mère situé au quartier Hadeb de la localité de Rouissat par des civils se présentant comme étant des policiers venus à bord de véhicules 4X4 de marque Nissan.

mercredi 9 novembre 2011

Prise en charge défaillante des cancéreux: Dans les «couloirs de la mort» du CPMC


Par Ghania Lassal 
Le cancer, un «fonds de commerce». Tandis que le ministre de la Santé tente de se dépêtrer des polémiques en enchaînant les sorties médiatiques analgésiques, que les spécialistes et les associations continuent de dénoncer l’innommable et d’alerter l’opinion publique et les autorités, les malades, eux, meurent en silence après d’abominables souffrances. Entre pénuries, pannes, grèves et sous-équipement, ils essayent, jour après jour, de survivre. Mais peu parmi eux y parviennent. Nous les avons rencontrés au CPMC, en pleine grève dans le secteur sanitaire. Leurs témoignages expriment la même impuissance face à la lenteur de la prise en charge, qui transforme le temps en assassin… Reportage.

lundi 7 novembre 2011

أي لغة سيتكلم العرب القرن المقبل؟

د. منصف المرزوقي 
ستَردّ على هذا السؤال مستغربا: العربية طبعا! نعم، في أحسن الأحوال، لكن ثمة احتمالا آخر، وهو أن يتكلم أحفادنا -لا قدّر الله- لغات هجينة بدأت ملامحها تظهر هنا وهناك. انظر لما يكتب على صفحات فيسبوك، وبصفة عامة على مواقع الإنترنت  .لقد وقع التحرر النهائي من كل قواعد الكتابة وعلى رأسها الكتابة بالأحرف العربية، والذروة كتابة اللهجة التونسية -تتخللها جمل فرنسية- بالأحرف اللاتينية، مما يعطي في نوادي الحوار هريسة لغوية أصبحت تستعصي على الحل ومثلي لا يستطيع قراءتها إلا بمشقة بالغة، الشيء الذي يجعلني أمر مباشرة إلى ما يبدو مكتوبا بالعربية أو بالفرنسية.

samedi 5 novembre 2011

Les sayanim : des «agents dormants» très actifs au service d’Israël


Les sayanim sont des juifs de la diaspora qui, par patriotisme, collaborent avec le Mossad dans le domaine de l'espionnage ou de la désinformation. Ils constituent également le thème principal du dernier roman de l'écrivain franco-marocain Jacob Cohen. Investig'Action a interviewé M. Cohen lors de son passage à Bruxelles sur cet obscur réseau d'influence ainsi que sur l'état actuel et l'évolution de la situation au Proche-Orient.
Interview : Aurore Van Opstal & Abdellah Boudami

– Qui sont les sayanim ?

mercredi 2 novembre 2011

راشد الغنوشي - حوار في العمق حول الاسلاميين و الحكم

Enlisement dans une «sale guerre»: l'Algérie prise au piège de son histoire



Tragique, l'actuelle situation de violence en Algérie prend racine dans les multiples erreurs du parti-État FLN au pouvoir durant plus de trente ans. L'extrémisme religieux n'est point la conséquence d'une sorte de crise mystique qui se serait emparée d'une partie de la population, mais le résultat de politiques myopes, ayant sacrifié les enjeux culturels et symboliques au nom d'un dirigisme économique noyé dans la corruption et les intérêts des clans. 

Le grand historien algérien Mohammed Harbi analyse les causes de la guerre civile des années 1990 en Algérie
Par Mohammed Harbi
Le Monde Diplomatique, mai 1994


L'Algérie est entrée progressivement, depuis 1991, dans la voie suicidaire de la guerre civile. À la violence institutionnelle et à la crispation du pouvoir en place répondent la violence islamiste et la volonté de conquérir l'État par la force. Le chemin qui mène le mouvement islamiste, avec ses divers courants, à occuper la scène politique et sociale puise dans une longue histoire et exige, pour être compris, qu'on l'étudie dans les avatars d'une modernisation dont les formes ont mené aux impasses d'aujourd'hui.
Lorsque certains des porte-parole du Front islamique du salut (FIS) refusent la "modernité", au nom du passé et d'une authenticité qu'ils idéalisent, ce refus n'est jamais le fruit d'une réelle volonté d'exégèse mais toujours une construction qui s'enracine dans le présent et ses exigences. Bref, l'islamisme est une idéologisation de l'islam, et c'est ainsi qu'il doit être entendu, avec, évidemment, cette interrogation sur le fait que c'est dans le langage du religieux que se donne une idéologie prise par tous ses liens dans le contemporain. Il nous faut partir de ce constat : l'islam est inscrit dans les profondeurs de la réalité algérienne. Il n'est pas une structure religieuse autonome et circonscrite dans une société aux pratiques sécularisées. Il a façonné l'espace symbolique où s'est inscrit le politique. Et l'action de l'État en place depuis 1962 n'a en rien modifié cela parce que jamais n'a été entreprise l'institution d'un nouvel espace national qui aurait opposé sa ferveur civique au poids du religieux. Dès lors, le désir d'entrer dans la modernité, allié au besoin de riposter à l'anomie et à l'effilochage du tissu social consécutif à une modernisation non-maîtrisée et privée de son complément imaginaire et symbolique, fera de la religion le seul lieu d'expression possible et de mise en forme des conflits sociaux. L'islamisme, de ce fait, et nonobstant ses archaïsmes, devient une réaction culturelle, puis politique, "naturelle" à une modernisation réduite à ses aspects technicistes et "privée d'âme".

Entretien avec Hocine Ait-Ahmed: « Les prémices de la crise » (en 1985)


 Le face-à-face algérien, gros de tous les périls, entre l’armée et les islamistes se joue en présence d’un troisième acteur dont on aurait tort de sous-estimer la capacité contraignante : Hocine Ait-Ahmed. A 65 ans, l’ancien « chef historique » de la Révolution tire sa force d’une conviction fondamentale il est le seul, ou peut s’en défaut, à jouer vraiment le jeu de la démocratie. Avec vingt-cinq sièges, son Front des Forces Socialistes a devancé le FLN aux élections de 26 décembre 1991. Mieux cette formation essentiellement kabyle a rassemblé le 2 janvier dans les rues d’Alger plusieurs centaines de milliers de personnes autour de mots d’ordre tout simples : liberté individuelle, liberté collective, droits de la femme. Surtout, ce chef de conviction a eu le courage, face aux démocrates au souffle court, d’accepter le verdict du suffrage universel jusque dans ses conséquences à priori inacceptables pour un homme tel que lui : la victoire des islamistes. L’armée n’a pas permis que cette expérience qu’il appelait, amer, de ses vœux, afin que son échec prévisible ait une vertu pédagogique, puisse se dérouler. Certains diront que Hocine Ait-Ahmed n’est pas un grand politique, encore moins un politicien. Ils auront peut-être raison, car la constance n’est pas toujours en ce domaine vertu. Constance, maître mot. Il y a six ans, en 1985, dans des entretiens inédits qui devaient servir de base à un livre, Ait Ahmed, alors exilé, avait confié à Hamid Barrada des propos passionnants d’une singulière actualité. Sur l’islamisme, l’arabisation, la sécurité militaire, l’assassinat de Krim Belkacem, « Si Hocine » s’était exprimé sans retenue. Avec une limpidité dont l’Algérie aurait bien besoin en ces temps de confusion.

mercredi 26 octobre 2011

Le système politique algérien répond-il aux exigences d’une transition démocratique ?


Pour une algérie démocratique
A l’instar des autres pays du Maghreb et du Machrek, l’Algérie voit se développer un mouvement récurrent de révoltes populaires qui attestent la dégradation de la situation économique et sociale et la défiance à l’égard d’un système politique qui domine le pays depuis son indépendance en 1962. Nous y retrouvons les mêmes causes que dans les autres pays de la région : chômage endémique, faiblesse du pouvoir d’achat, aggravation des inégalités sociales, crise identitaire, absence de repères, notamment pour les jeunes générations.

dimanche 23 octobre 2011

La situation des droits de l’homme en Algérie ou la voyoucratie



Par Lyes Akram

Aujourd’hui, les violations des droits fondamentaux de la personne humaine en Algérie sont devenues routinières. Pourtant, après une décennie de sang où les Algériens ont connu les abysses de l’horreur avec 200.000 morts, 20.000 disparus et des dizaines de milliers de torturés sauvagement et de traumatisés probablement à vie, nous avons pensé que cette période était devenue un passé révolu. Malheureusement, certains évènements survenus récemment incitent à penser l’inverse.

«J’accuse Khaled Nezzar d’être responsable des tortures que j’ai subies»



Par Fella Bouredji
On m’a enlevé mes vêtements, mis un bandeau sur les yeux et menotté. On m’a allongé sur un banc et on m’a frappé avec une barre de fer sur les orteils, sur les parties génitales et sur le torse. Pendant que quelqu’un versait de l’eau sur ma bouche couverte par un chiffon. Lorsque j’ai perdu conscience, ils m’ont brûlé avec un chalumeau pour me réveiller.» C’est là un extrait du rapport détaillé de l’audition qui s’est tenue vendredi à l’hôtel de police de Genève dans le cadre d’une instruction ouverte à l’encontre du général à la retraite, Khaled Nezzar, pour un soupçon de crimes de guerre.

URGENT : Mr Noureddine Belmouhoub kidnappé à Alger

Je viens d’apprendre à l’instant du compagnon de Mr Noureddine Belmouhoub que ce dernier vient d’être kidnappé ce jour au niveau de la rue Hassiba Ben Bouali à 11h par 3 civils venus à bord d’un véhicule de type Caddy Volkswagen, de couleur blanche. Mr Belmouhoub circulait avec son compagnon lorsqu’il fut abordé par ces 3 individus qui l’ont forcé à monter dans le véhicule, sans aucune explication. Son compagnon n’a pas été inquiété. J’en appelle à toutes volontés dignes d’Algérie et du Monde libre à dénoncer ces pratiques odieuses de kidnappings et de terreur pour faire taire les hommes dignes. 
Dr Salah-Eddine SIDHOUM 
Alger, le 23 octobre 2011, 11h 15.

Je dénonce en tant que citoyen Algérien cet acte arbitraire et abject, qui, par ailleurs, est l'énième preuve que l'Algérie est gouvernée par des gangs de prédateurs pour qui la dignité humaine n'a pas de sens et qui ont fait de la terreur une mode de gestion. 
L. A.

samedi 22 octobre 2011

Où va la Libye ?


 

Par Lyes Akram

Sans doute, le jeune tunisien Mohamed Bouazizi ne savait rien, avant sa mort, des bouleversements qui s’ensuivaient et qui s’ensuivent depuis son geste désespéré, mettant fin à ses jour en s’immolant par le feu. Un seuil de tyrannie et d’injustice a été franchi au début de cette année. Le monde arabe, semble-t-il, se réveille. Il vit l’évènement le plus crucial depuis la fin de la colonisation. Pour le moins, une libération psychologique de la peur est survenue chez des populations longtemps opprimées et réprimées. La caste des prédateurs qui ruinaient la Tunisie s’est enfuie et à leur été Ben Ali, réputé pourtant féroce, et son épouse Trabelsi. Quant à Moubarak, dictateur impitoyable qui a régné d’une main de fer sur l’Egypte durant trois décades, il pourrit en prison, accompagné de ses enfants.
L’ébullition engendrée par une conscientisation effective des populations n’a épargné aucun pays arabe. Le Yémen, la Syrie, le Bahreïn, l’Arabie Saoudite… Le monde arabe change. Malheureusement, certains évènements fâcheux, tels des impondérables, sont survenus. Notamment en Libye. Des mois après une intervention étrangère, certes amère, jeudi dernier, le despote de Tripoli périt, vraisemblablement exécuté alors que, blessé, il n’avait pas d’arme sui lui. Nous aurions souhaité vivre un dénouement différent de la crise dans ce pays.

Comment Tahar Zbiri a été dupé

Le colonel Zbiri tente un putsch contre le colonel Boumediene


Par Mahdi Cherif

Écrire, débattre, témoigner, notre pays qui a mal à son histoire a besoin d’une thérapie de vérité. Les Algériens veulent savoir qui est qui et qui a fait quoi pour leur bonheur et pour leur malheur. Tahar Zbiri et Mohamed Maarfia ont abordé, chacun selon son angle de vision, la tragédie du 14 décembre 1967. Ayant été moi-même au cœur de cet événement, j’ai décidé d’apporter mon témoignage. Je le fais pour l’Histoire. Je le fais aussi pour mes compagnons d’armes encore de ce monde et pour mes compagnons d’infortune morts dans l’oubli et quelquefois dans le dénuement. Je narre ce qui s’est passé en ce mois de décembre 1967 en me sentant comptable devant ma conscience du sens et des poids des mots. «Les grands qui habitent encore le quartier…» (pour paraphraser Mohamed Maarfia) jugeront, texte en main, si je suis dans le cercle éclairé de la vérité ou si j’ai emprunté les tangentes obscures du mensonge.

1. «Moi ! ... Moi quel qu’en soit le coût !

Ce qui s’est passé le 14 décembre 1967, lorsque les unités de l’ANP, fidèles au chef d’état-major Tahar Zbiri, ont fait mouvement vers le siège de la 1re Région militaire, a été diversement interprété. Mohamed Maarfia, dans les colonnes du Soir d’Algérie, vient de s’exprimer sur le sujet. Tous les protagonistes de ce tragique événement auront apprécié — j’en suis sûr — l’approche dépassionnée, impartiale de ce dernier. Le silence de Maarfia, ainsi que celui des autres acteurs, sur ce qui est arrivé aux «conjurés» après l’échec du mouvement, est une bonne chose. Ne pas en parler n’est nullement de l’autocensure, mais plutôt le respect de sa propre dignité et un acte de foi dans une Algérie future telle que nous l’avons rêvée. Tout à l’heure, je n’évoquerai qu’un seul épisode du long calvaire qui fut le nôtre, non pour étaler des plaies et des douleurs, mais pour dire la grandeur de notre peuple. Oui, la politique est partout violente. Mais chez nous elle a été violente, parce que celui «qui tenait le haut du pavé» avait défini une règle de jeu fondée sur un théorème unique : «Moi… ! Moi, quel qu’en soit le coût !» Mohamed Maarfia s’est longuement étalé sur l’itinéraire de Houari Boumediène. Il a évoqué l’homme et ses procédés. Houari Boumediène avait une soif inextinguible, incommensurable du pouvoir. H. Boumediène était un homme différent à chacune des étapes qu’il a franchies dans sa lente ascension vers le sommet. Les mots, le masque du visage (les masques), les attitudes lui ont, à chaque fois, composé un personnage nouveau. Cette aspiration inhumaine à devenir le maître absolu a généré l’étrange alchimie qui a élaboré ces métamorphoses. Ceux qui l’ont observé au moment des coups d’Etat successifs qu’il a perpétrés tout au long de sa carrière ont mesuré — quelques fois à leur grand dam — le Boumediène de l’avant-événement et le Boumediène de l’après-événement. Les hommes qu’il vaincra le 14 décembre 1967 ont été victimes de la composition d’images de l’avant-19 juin : celle d’un responsable mû par le souci d’épargner à son peuple les effets du pouvoir personnel, sans restriction ni limite de Ben Bella. Les vaincus auront tout le loisir de découvrir le vrai Boumediène, sans la feuille de vigne des faux semblants. Pour l’honneur de l’Algérie, s’interdire d’évoquer le goulag qui fut notre lot après l’échec est un principe que nous respecterons toujours. L’épisode qui va suivre n’est pas rapporté dans le but de se «victimiser » pour quêter des compassions ou pour vilipender davantage le régime qui s’est dénudé après le 14 décembre, la toile, trop longtemps blanche de ce régime, est déjà sur le chevalet de l’Histoire. L’Histoire ira jusqu’au bout. J’en appelle à nos chercheurs, à nos «thésards» pour aller au fond des choses afin que le noir apparaisse, afin que justice soit rendue à l’Algérie. Un peuple a besoin de hauts faits qui exaltent ses vertus et qu’il peut avec fierté graver sur le marbre de sa saga parce qu’il participe au ciment de la nation. Un de ces exemples nous vient de la population de la région de Bouira. Le 8 juillet 1968, les familles de tous les officiers incarcérés ont reçu une notification d’expulsion du territoire de la wilaya d’Alger exécutoire immédiatement (voir ci-contre les ordres d’expulsion, l’un concernant ma famille et l’autre celles du 1er bataillon de chars, toutes les autres familles ont reçu les mêmes notifications). Ces familles débarquées des camions de Ahmed Bencherif (le gendarme) sur le bas-côté de la route, près de Bouira, suscitèrent un extraordinaire élan de solidarité de la part de la population. Je rends particulièrement hommage à un homme qui s’est mobilisé et qui a mobilisé des citoyens, pour nourrir, vêtir et transporter les femmes, les enfants, les bébés et les vieillards jetés sauvagement dans la nature. J’ai nommé le moudjahid Saâd Benguerrah, que Dieu ait son âme. J’aurai tout le loisir de philosopher sur la nature humaine. Ce qui différencie l’homme de la bête est paraît-il la faculté de penser, que le lecteur me permette d’ajouter une autre définition… quand la gratitude cesse d’être une valeur humaine, apparaît le rictus de la bête ! Voilà donc un homme auquel nous avons construit un boulevard, que nous avons soutenu, aidé et auquel nous avons plusieurs fois sauvé la vie (j’en parlerais peut-être un jour), qui s’attaque avec une incommensurable haine à nos femmes et à nos enfants. Etrangement, au fond de la cellule, j’ai eu comme un éclair : la certitude de sa petitesse et de son infinie distance à l’Algérie. Les expulsions cesseront lorsque Djelloul Khatib, interpellé par des officiers — y compris de la SM —, indigné par le traitement infligé à des innocents, passant outre à l’obstruction de Chabou, exposera à Houari Boumediène le mécontentement qui s’était fait jour. H. Boumediène, dans la seule ligne rouge était l’état d’esprit de l’ANP, autorisera Djelloul Khatib à faire cesser la chasse aux femmes et aux enfants. La répression contre les membres adultes de nos familles continuera de plus belle ; ainsi, mon frère Amor (actuellement bâtonnier au barreau de Batna) sera-t-il arrêté et torturé alors qu’il n’était ni de près ni de loin impliqué dans l’affaire. J’aimerais mentionner un acte d’amitié et de courage de la part de mon compagnon Abdennour Bekka, lequel au moment du départ forcé de mes enfants a offert à mon jeune fils une bicyclette. Pourquoi rapporter un tel détail ? Parce qu’un homme n’oublie jamais les fortes émotions qu’il a ressenties au pied de certains murs. Je viens d’employer le mot courage. A l’époque, le simple fait de montrer par un signe ou par un geste de l’amitié à notre égard était considéré comme une atteinte à la sûreté de l’Etat.

2. Les vraies raisons du 14 décembre 1967

a. La fable de la catégorisation des moudjahidine:
Mohamed Maarfia s’est étalé longuement sur les causes du 14 décembre. Je confirme à mon tour que le chef d’état-major n’a jamais catégorisé les moudjahidine selon les écoles ou les parcours. Plus d’une fois, il est vrai, il avait haussé le ton avec A. Chabou, secrétaire général du MDN, lequel avait une propension facile à vouloir tout régenter au sein de l’ANP et qui devenait de jour en jour incontournable, que ce soit pour la nomination d’un caporal, pour l’affectation d’un officier ou l’allocation d’un budget. Cet activisme, qui souvent dégénérait en immixtion dans l’aire de compétences des autres, indisposait, non seulement le chef d’état-major, mais également les responsables de régions qui s’en plaignaient souvent à H. Boumediène. Machiavélique, ce dernier n’avait jamais défini d’une façon nette les prérogatives de chaque structure mettant souvent dans l’embarras des chefs de région ou des commandants d’unité qui recevaient des ordres contradictoires. Tahar Zbiri avait une approche plus humaine, plus fraternelle lorsqu’il s’agissait de la démobilisation des anciens. Chabou n’ayant pas eu le même parcours historique que T. Zbiri n’avait aucun scrupule à jeter par-dessus bord des contingents entiers de moudjahidine. Il est vrai que le «délestage» était nécessaire, mais il y avait la manière. C’était le moins qu’on pouvait consentir. Chacun dans l’ANP se souvient comment, à une époque plus récente, des officiers en fin de carrière ont été admis à la retraite. La façon dont a été démobilisé Mohamed Attailia et d’autres moudjahidine est à cet égard significative de ce que le commandement peut faire quand il le veut. Il est vrai que celui qui a mis fin à la carrière de ces vétérans, avec le respect et les égards qu’ils méritent, n’était pas le fils d’un officier spahi brutal, cassant et méprisant. Cette catégorisation est un faux problème. Les mercenaires (qui se comptent sur les doigts d’une seule main) qui étaient autour de Chabou l’ont utilisé pour leur cause propre : avoir davantage de pouvoir et de privilèges. Les autres, tous les autres, nous les avons toujours considérés comme une partie intégrante de nous-mêmes. Ils le savent. Ils l’ont toujours su. Trêve donc d’amalgames et de mensonges.

b. La feuille de route de Tahar Zbiri: 
La feuille de route de Tahar Zbiri était fondamentalement politique. Elle voulait que le CR joue pleinement son rôle de direction suprême. Pour jouer ce rôle, il était nécessaire que soient définies d’abord des règles de fonctionnement simples : qui a qualité pour réunir ce conseil ? Avec quels quorums ses décisions sont adoptées ? Où est-il logé ? De quel secrétariat dispose-t-il pour sa vie quotidienne ? Après deux années de fonctionnement chaotique, des incidents, des faits accomplis à répétition et surtout de l’omnipotence de son président, Zbiri tente d’obtenir une réunion plénière de ce CR pour :
- analyser la situation générale du pays, deux ans après l’éviction de Ben Bella ;
- étudier les raisons qui ont empêché la concrétisation des points contenus dans la proclamation du 19 juin ;
- prendre toutes les mesures afin que le pays soit doté d’institutions légitimes grâce au vote libre des Algériens ;
- veiller à ce que tous les changements soient faits dans un esprit de fraternité et de confiance ;
- garder à l’esprit que l’exercice de la politique n’a de sens que si sa finalité est le service de l’Algérie.
Si les PV des réunions du Conseil de la révolution sont un jour publiés, on découvrira quelles étaient les idées du chef d’état-major pour sortir définitivement l’Algérie de l’ère de l’improvisation, des transitions et du pouvoir personnel.

c. La réaction de Houari Boumediène:
Houari Boumediène, décidé à gouverner selon son bon plaisir, usera de divers stratagèmes pour gagner du temps afin de se préparer militairement pour l’épreuve de force qui lui permettrait de conforter son pouvoir personnel. Il promettra à la majorité des chefs de région un règlement politique pourvu qu’ils obtiennent du chef d’état-major qu’il évacue de la capitale les forces qui lui sont fidèles.

3. 19 novembre 1967 (la journée des dupes)

A la lecture des contributions de Mohamed Maarfia, et en lisant les mémoires de Tahar Zbiri, on peut s’étonner de la naïveté de ce dernier qui semble s’être laissé manipuler par ce redoutable tacticien qu’était H. Boumediène. Mohamed Maarfia a omis de rapporter un événement d’une extrême importance qui explique l’attitude de Tahar Zbiri. Il s’agit de la réunion du 19 novembre 1967, tenue dans l’enceinte de l’Académie interarmes de Cherchell et à laquelle j’ai personnellement assisté, et dont j’ai dressé procès-verbal. Les officiers supérieurs présents étaient : Tahar Zbiri, chef d’état-major, Saïd Abid, chef de la 1re Région militaire ; le colonel Abbès, directeur de l’Académie militaire ; Abderrahmane Bensalem, chef du quartier général et enfin Mohamed Salah Yahyaoui, chef de la 3e Région militaire. Le commandant Saïd Abid a ouvert la séance en affirmant que les chefs des autres régions militaires lui avaient donné mandat pour s’engager en leur nom (Chadli Bendjedid et A. B. Abdelghani). En substance, au cours de cette réunion, tous, je dis bien tous les grands dignitaires de l’armée avaient pris l’engagement solennel d’appuyer les revendications du chef d’état-major et de les appuyer, si nécessaire militairement, dans le cas où H. Boumediène manquerait à la parole qu’il leur a donnée de réunir le Conseil de la révolution sans exclure personne afin de faire passer dans les actes les engagements pris le 19 juin. Cette promesse de H. Boumediène était (nous venons de le voir) assortie d’un souhait : faire sortir d’Alger le 1er bataillon de chars afin de «décongestionner l’atmosphère et pouvoir travailler dans le calme et la sérénité». On sait ce qu’il est advenu de ces belles paroles une fois les forces fidèles au chef d’état-major évacuées sur El- Asnam. Le lecteur pourra s’étonner de la crédulité de T. Zbiri qui s’est laissé désarmer sur de simples belles paroles. Il faut, cependant, tenir compte de la volonté du chef d’état-major de tout tenter pour éviter l’effusion de sang et de donner toutes ses chances au dialogue. Il ne voulait à aucun prix que le mouvement dont il était l’initiateur soit suspecté d’être de nature putschiste. Il faut également considérer que les militaires qui ont promis d’agir étaient soit ses adjoints à l’état-major (A. Bensalem et Abbès) soit des hommes qui lui devaient leur grade (M. S. Yahyaoui) ou bien qui, pendant des mois, l’avaient harcelé pour qu’il prenne une initiative (Saïd Abid). Passer outre, douter de leur parole aurait signifié pour Zbiri prendre immédiatement le parti d’agir seul en recourant au coup de force. Quelque temps plus tard, le 13 décembre, T. Zbiri doit se rendre à l’évidence : Boumediène ne cédera sur rien. Son refus de tenir compte de la volonté de la majorité des membres du conseil de la révolution s’apparente à un coup d’Etat. C’est un coup d’état ! Le nième de sa carrière !

4. Alea jacta est…

Dans la nuit du 13 au 14 décembre 1967, le chef d’état-major décide de passer outre l’obstruction et de provoquer une réunion du Conseil de la révolution à Blida sous la protection des unités de l’armée qui lui sont fidèles. Les membres du Conseil de la révolution prévenus commencent à arriver à Blida. Le colonel Hassen est déjà aux côtés de Zbiri. Salah Boubnider se trouve au siège de la mouhafadha du FLN. Mohand Oulhadj prend le départ au matin du 14, mais arrêté à un barrage, il est contraint de rebrousser chemin. Ali Mendjeli, que je suis allé personnellement inviter à rejoindre les autres, argue de la peur d’être reconnu et arrêté pour proposer, étrangement, une dernière tentative de conciliation avec Boumediène, alors que c’était lui qui avait accéléré la dynamique de la crise.
- Mais les chars ont fait mouvement ? ai-je répondu- Peu importe ! reprit-il. - Pour recueillir le travail des autres ? l’ai-je cinglé. - Je crains d’être arrêté en cours de route, je préfère attendre que les troupes arrivent à Alger avant de me faire voir.
Echange surréaliste. J’ai eu comme un vertige, est-ce bien l’homme qui, la veille encore, fulminait contre le régime et plaidait pour le recours à la force ? me suis-je demandé. En ce qui concerne cette réunion du Conseil de la révolution, j’affirme que tous les membres de ce directoire étaient d’accord pour la tenir, sauf Ahmed Medeghri, Abdallah Belhouchet, Ahmed Bencherif, Houari Boumediène et A. Chabou bien sûr.

5. Le pont de Bouroumi

L’échec militaire a des causes politiques et psychologiques. La décision prise dans l’urgence de faire converger les unités vers Blida après la période de «décontraction» due à la conviction que tout était rentré dans l’ordre (après que les blindés de Tahar Zbiri eurent quitté Alger) n’a pas permis de mettre en place les coordinations indispensables pour une telle opération. En face, les parades étaient préparées depuis longtemps par A. Chabou. Sur le pont de Bouroumi, à quelques kilomètres de Mouzaïa, en route vers Blida, les unités blindées et deux bataillons des forces terrestres ont fait leur jonction. Ils attendent Zbiri. En face, Rachid Medouni, Cherif Djoghri et Mustapha Seïs, respectivement directeur du génie militaire, directeur de l’intendance et directeur de la DASC (Direction de l’administration et des services communs) ont positionné les élèves des écoles du génie, du matériel et des transmissions. Ces jeunes gens ont été ramenés sous le prétexte du tournage d’un film ! Les élèves du génie ouvrent le feu sur les chars du 1er Bataillon, croyant tirer à blanc. La riposte d’un BTR coûtât la vie à deux adjudants et fit quelques blessés. Les jeunes djounoud prirent la fuite pour se positionner un peu plus loin. A 7h30, le 15 décembre, Slimane Hoffman, à partir de la tour de contrôle de l’aéroport militaire de Boufarik, a le premier écho de l’intervention des MIG qu’il vient de lancer sur la colonne blindée. Un des avions piloté non par des instructeurs russes mais bel et bien par un officier algérien a fait un massacre dans les rangs des jeunes élèves de l’école de génie militaire : 63 morts ! Les MIG 17 et les MIG 21 qui sont intervenus ont une puissance de feu terrifiante. Elle ne fut pas utilisée contre les forces du chef d’état-major, ce qui provoquera la fureur de Slimane Hoffman : «Vous n’êtes que des biffins, pas des pilotes !» leur lancera-t-il. Plus tard, Hoffman préparera des dossiers pour faire passer certains des pilotes devant le tribunal militaire. La plainte n’aboutira pas de crainte de démontrer que les pilotes algériens avaient refusé de tirer sur leurs frères de l’ANP. De toute façon, le retard mis dans l’occupation du siège de la 1re Région militaire a été l’élément déterminant de l’échec. Le 15 décembre tout était joué. Lorsque Tahar Zbiri, guidé par un cadre de la Wilaya IV historique et accompagné par Mohamed Maarfia, rejoindra par des chemins de traverse ses unités qui s’étaient positionnées sur le pont de Bouroumi et qu’il constatera le massacre fait dans les rangs des élèves de l’école du génie postés là et offerts en cible aux MIG pour montrer comment «Zbiri et ses complices assassinent les fils du peuple» ; lorsqu’il évaluera ce que coûtera la confrontation à la population civile et aux forces de l’ANP d’un côté comme de l’autre, il donnera l’ordre d’arrêter la progression et il dira en substance : «Le sang que Boumediène a versé retombera sur sa tête. Quant à moi, j’assume ma part de responsabilité !»

6. Un juge d’instruction atypique 

Après l’échec du mouvement, cette implication de la majorité des membres du Conseil de la révolution dans le mouvement de redressement lancé par le chef d’état-major a été mise en évidence par l’instruction menée par le lieutenant Mohamed Touati. Ce dernier, prenant courageusement le contre-pied de la vérité officielle, a remis les choses à l’endroit en convoquant dans son bureau les personnalités qui étaient du côté de Zbiri, essentiellement les anciens chefs de wilaya. Les autres, de Draia à Abdelghani en passant par A. Bensalem et Abbès ont fait l’objet d’enquêtes internes plus ou moins discrètes. Nous fûmes longuement interrogés à leur sujet par la SM. Lorsque s’abattit sur moi le silence strident du cachot et la morsure des fers aux poignets, un autre moi-même, l’idéaliste hier encore éperdu d’illusions, refusant l’insoutenable évidence, interrogera le juge : - Qu’est-ce que la justice ? Pourquoi les mêmes hommes qui ont fait le 19 juin, qui a renversé un président élu et qui ont été félicités, sont-ils aujourd’hui traînés devant vous ? Vieille question… vieux dilemme !... En élargissant le champ d’investigation, Mohamed Touati a rompu l’isolement des officiers incarcérés. «Le quarteron d’officiers ignares liés par des liens tribaux » deviendra la crise du Conseil de la révolution, une affaire politique majeure. Menée en son âme et conscience par Touati, cette instruction probe permettra aux avocats de la défense de plaider un dossier autre que celui concocté dans le bureau de Chabou : ils plaideront le dossier de jeunes officiers qui voulaient simplement remettre de l’ordre dans leur pays. L’explication du «mouvement fomenté par des officiers ignares» a eu la vie longue, à telle enseigne que Chadli Bendjedid (qui s’y connaît) la reprendra à son compte au cours d’une de ses interventions publiques (colloque consacré à Amara Bouglez à Tarf ). L’ancien président de la République se félicitera à cette occasion de l’échec du mouvement du 14 décembre, lequel, a-t-il affirmé, «aurait conduit le pays à la catastrophe s’il avait réussi». Je dirai, pour ma part, que si la dictature d’un clan arrogant et brutal avait pu être évitée, en 67, l’Algérie se serait épargnée octobre 88, la faillite économique, le salafisme, la déconfiture diplomatique, la corruption généralisée et le terrorisme ravageur. Y a-t-il catastrophe plus grande que celle-là, Monsieur le président ? Une image m’est restée de l’ancien chef de la 2e Région militaire (roi de la République lorsque l’Algérie était devenue le pays des aveugles) celle du jour où il a fait une inspection dans l’enceinte de la sinistre prison de Sidi El Houari, à Oran. Passant droit et raide devant les moudjahidine dont certains étaient ses compagnons à la base de l’Est, il n’eut pas un mot de sympathie ou de compassion. Au contraire, sur son ordre, le soir même, on nous replongera dans l’horreur des cellules suintantes d’eau dont Mohamed Touati nous avait tirés. Je ne peux clore ce paragraphe sans rendre hommage au courage de ces avocats et en particulier de Aziz Benmiloud et de Ali Haroun (je suis sûr que Aziz Benmiloud continue de plaider pour les innocents à la droite du Seigneur. Paix à sa grande âme !). Quant à Ali Haroun, exemple de la constance dans la défense du droit de l’Algérie à être le pays des droits de l’homme, il a prononcé une sentence prophétique : «En condamnant ces jeunes officiers, vous condamnerez l’Algérie à la dictature et à la ruine morale !» Cinquante ans plus tard, où on en est-on ?

M. C.
Officier de l’ANP en retraite, ancien secrétaire général de l’état-major (1963-1967)

In Le Soir d'Algérie
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...