mardi 27 décembre 2011

Ahmed Benbitour : «La décennie 2010- 2020 enregistrera la dérive de l’Etat algérien vers une situation de déliquescence»


Entretien réalisé par Brahim Taouchichet
Plusieurs fois ministre puis chef de gouvernement, Ahmed Benbitour est ce que l’on pourrait appeler le parfait fonctionnaire, sérieux, studieux, homme des grands dossiers et de missions délicates. Il a chuté dans le sérail politique sans parrainage ni sponsors comme l’exigent les us et coutumes en vigueur. Il démissionne en 2000 suite à un désaccord avec Abdelaziz Bouteflika et — fait nouveau — le fait savoir dans une lettre rendue publique le lendemain même de cette grave décision et se retrouve mis à la retraite à l’âge de 54 ans ! Mais il n’est pas resté dans son coin à ronger son frein. Bien au contraire, il fait preuve d’une grande activité… politique lui que l’on peut assimiler plutôt à un technocrate, commis de l’Etat. Pour lui, le pays tel que gouverné actuellement fonce droit vers le précipice, «la nation est en danger». Par la faute d’un «pouvoir autoritariste et patrimonialiste ».
Dans cet entretien exclusif au Soir d’Algérie, le Dr Ahmed Benbitour revient sur de nombreux sujets de l’actualité politique et économique du pays dans un ton mordant sans être vindicatif pour autant. Il rejette d’un revers de la main la création d’un parti politique et toute participation aux prochaines élections : «Je n’ai pas l’intention de créer un parti, ni d’appeler à la participation aux élections.» Il ne croit pas non plus à la capacité des partis politiques d’être une alternative pour le changement. 

Le Soir d’Algérie : De «L’enfance studieuse et militante» durant la période coloniale à l’homme dans la force de l’âge engagé dans les affaires de l’Etat algérien indépendant, voilà une bien singulière trajectoire…
Dr Ahmed Benbitour : Je suis né dans la période immédiate de l’après-Seconde Guerre mondiale dans une famille de commerçants nationalistes. Orphelin de père, j’ai été élevé par ma mère. Mon oncle maternel a été arrêté en 1941 «pour détention illégale d’armes de guerre» et emprisonné à la prison de Berrouaghia. Il est mort en 1943, à la suite d’une tuberculose qu’il a contractée dans les conditions pénibles de son emprisonnement. Mon oncle paternel est arrêté en 1948 une première fois «pour atteinte à la sécurité extérieure de l’Etat» et, en 1957, une dernière fois. Il a été jeté d’un avion dans le désert de la région de Timimoun, la même année. Un moudjahid, ancien ministre, qui a connu ma mère dans l’action militante pendant la guerre de Libération nationale l’a qualifiée dans un livre qu’il vient de publier de «passionaria d’El-Goléa». C’était cela l’ambiance militante dans laquelle j’ai grandi. Les bons résultats scolaires ont fait le reste pour déterminer cette trajectoire singulière. En réalité, c’est une expérience où pourrait se retrouver toute une génération. Celle qui a vécu son enfance pendant la guerre de Libération nationale et sa vie active dans la période d’après-indépendance. Une génération qui a porté les espoirs d’une Algérie de progrès et de prospérité, digne de la grandeur de son peuple et des potentialités de son pays. L’espoir était fondé au départ : une Révolution prestigieuse, des opportunités de carrière formidables. Dès la fin des études supérieures, on est propulsé à de hautes responsabilités. J’ai commencé ma carrière comme professeur de management et directeur de la planification et du contrôle de gestion dans une entreprise publique qui employait 16 000 travailleurs.

Vous faites partie des hauts cadres de l’Etat appartenant à une génération, pur produit de l’école algérienne, qui critiquent violemment le système une fois libérés de l’obligation de réserve. Règlement de comptes ou conviction que vous pouviez faire plus et mieux ?
 C’est la conviction que le pays pourrait faire beaucoup plus et bien meilleur, s’il était correctement gouverné. Je n’ai pas attendu de quitter le système pour exprimer mes craintes. J’ai écrit un premier livre en 1992, alors que j’étais membre du gouvernement qui commençait par : «En début de cette dernière décennie du XXe siècle, la situation économique et sociale apparaît bien préoccupante. » On y trouve également, en parlant des élections de 1991 : «Les résultats des élections, aussi bien par l’abstention que par les voix exprimées, confirmaient le désir d’un changement radical. Ce changement radical signifie un changement de la gestion économique, sociale et politique qui était totalement défaillante et qui est responsable de la situation actuelle du pays.» Dans le deuxième livre publié en 1998, nous pouvons lire : «Aujourd’hui, le pays vit une expérience douloureuse parce que le système politique en place depuis l’indépendance, marqué par la cooptation, c’est-à-dire la fidélité au chef au détriment des principes, a empêché l’installation de la compétence aux niveaux élevés de la hiérarchie de l’Etat.» Ou encore : «Ainsi par l’incompétence, la corruption, la prébende, la mauvaise gestion des affaires économiques et la cooptation, le système politique prévalant a créé un contexte où se côtoient la misère sociale et l’humiliation, bien mises en évidence par l’expression hogra.» Dans Radioscopie de la gouvernance algérienne, je publie en annexe II, le texte du projet de réformes que j’ai proposé au chef de l’Etat en 1995 ; il est intitulé : «Elections présidentielles et Pacte national politique et social pour le progrès et la prospérité». Il s’agit d’une feuille de route dont l’application aurait permis la mise en place de tous les instruments d’une république moderne à fin 1998.

Justement, Radioscopie de la gouvernance algérienne(*), un constat sans complaisance, peut être aussi amer et à la limite de l’alarmisme de la réalité économico-politique de l’Algérie de ce 21e siècle.
Il ne s’agit pas d’alarmisme, mais d’une analyse lucide et responsable qui décrit l’Algérie avec, d’un côté, ses atouts et ses potentialités et, de l’autre, ses faiblesses et ses dérives. Dans ce livre écrit en 2006, je disais que l’économie algérienne est vulnérable, volatile et dépendante et que l’Etat algérien dérivera durant la décennie 2000-2010 vers un Etat défaillant. Qu’en est-il aujourd’hui ? L’économie est plus vulnérable, plus volatile et plus dépendante, comme le confirment ces chiffres : les importations sont passées de 20,68 milliards de dollars en 2006 à 38,89 en 2010, soit une augmentation de 88%, presque le doublement. Il y a une accélération de la volatilité, lorsque nous comparons les budgets de l’Etat de 2010 et 2011. En 2010, les recettes courantes plus la fiscalité pétrolière à 37 dollars le baril couvraient à peine le budget de fonctionnement et il ne reste que 172 milliards de dinars pour le budget d’équipements ! En 2011, les recettes courantes et la fiscalité pétrolière à 37 $ ne couvrent plus que 74% du budget de fonctionnement et il ne reste rien pour le budget d’équipements. Donc, la situation ne fait que s’aggraver. Le dire avec les chiffres n’a rien d’alarmiste ! Aujourd’hui, l’Etat algérien répond aux cinq critères d’un Etat défaillant et il dérivera, à moins d’un changement, durant la décennie 2010-2020 vers un Etat déliquescent.

Certains parlent de réminiscences d’un homme déçu et aigri qui a tout donné et qui n’a rien obtenu en retour.
Un homme déçu, oui, aigri, pas du tout. J’ai toujours considéré chacune de mes missions au service de l’Etat algérien comme un acte de remboursement de la dette contractée par ma génération auprès de celle qui l’a précédée. C’est pourquoi, aux premiers mois de l’indépendance, je me suis engagé dans une course effrénée pour rattraper le retard accumulé dans les études pendant la guerre de Libération nationale. Par la suite, je me suis lancé le défi de réaliser un cursus universitaire dans les branches les plus difficiles et les plus utiles, pour l’étape de développement que traversait mon pays : mathématiques, gestion, économie et finances, afin de répondre aux exigences les plus contraignantes de mon métier. Dans l’exercice de mes fonctions, aux différents niveaux de la hiérarchie de l’Etat, j’ai rarement pris des vacances. Mais, ironie du sort, et à l’instar de beaucoup de compétences, je me suis trouvé à la retraite à l’âge de 54 ans. Au moment où le pays avait le plus besoin de savoir et d’expérience. Vous constatez que je ne critique jamais les personnes mais j’analyse les programmes, les missions et les institutions. La mission définit un profil de compétence pour la réaliser. Lorsque cette compétence n’existe pas, je le signale. Ce n’est pas attaquer ces responsables, mais juste leur dire qu’ils n’ont pas le profil nécessaire !

En même temps, le livre donne l’impression d’un plaidoyer pour le «meaculpa » d’Ahmed Benbitour qui avait quand même la charge de nombreuses et délicates affaires de l’Etat.
Le «mea-culpa» de ce que l’on a fait par rapport à ce que l’on pouvait faire. En fait, le régime en place, caractérisé par le clientélisme, entre autres, n’accepte pas le changement, même pas dans les limites de votre mission. Pour moi, c’est une question d’ambition pour mon pays, parce qu’il a les potentialités humaines et matérielles pour être un grand pays. C’est aussi une question de reconnaissance vis-à-vis de ceux qui ont donné leur vie pour l’indépendance de ce pays. C’est, enfin, une question de responsabilité vis-à-vis des générations futures, puisque nous exploitons des ressources non renouvelables (pétrole et gaz).

A chaque étape de votre itinéraire, vous affirmez refuser des postes au sein des institutions et vous donnez l’impression que l’on vous force la main mais vous acceptez finalement après un «thé» à la présidence...
Quand il fallait être ferme, je l’ai été. Mais je ne suis pas têtu au point de ne pas prendre en compte les arguments que m’expose celui qui m’appelle à une fonction, d’autant plus s’agissant de personnalités au sommet de la hiérarchie de l’Etat. Je voudrais préciser qu’il faut faire la différence entre assumer des missions au service de l’Etat et «appartenir au système». Dans les faits, j’ai démissionné de mon poste de directeur des études et de la prévision au ministère des Finances à la suite des événements d’Octobre 1988. J’ai démissionné de mon poste de ministre des Finances parce que le gouvernement n’a pas retenu ma proposition de restructuration du secteur bancaire. J’ai démissionné du poste de chef du gouvernement, lorsque le chef de l’Etat a décidé de légiférer par ordonnance. J’ai refusé d’entrer dans le gouvernement en juin 1991. J’ai refusé la proposition de chef de gouvernement en 1998. J’ai accepté d’entrer pour la première fois dans le gouvernement en février 1992 avec l’arrivée de feu le président Boudiaf, parce qu’alors un grand espoir nous était permis.

Voulez-vous dire que le système – à travers ses hommes – vous utilise puis vous jette comme un citron pressé quand il n’a plus besoin de vous ?
Le système est plus intéressé par la docilité et la soumission que par la compétence et la fermeté. Il peut, momentanément, accepter en situation de grandes difficultés la compétence, mais jamais la fermeté. Dans mon travail, je suis poli mais ferme sur les principes et l’avenir des générations futures. Beaucoup de gens confondent politesse et laxisme.

En même temps, vous dénoncez «l’inculture et l’incapacité des dirigeants successifs à construire un Etat avec des institutions crédibles et fortes».
Nous assistons à la centralisation du pouvoir de décision entre un nombre réduit d’individus en lieu et place des institutions habilitées. Par exemple, plus de 50% de la fiscalité pétrolière n’est pas inscrite dans la loi de finances et échappe de ce fait au contrôle, a priori, du Parlement. Il faut noter que l’institutionnalisation du pouvoir est contrebalancée par la personnalisation du pouvoir, le culte de la personnalité, la généralisation de la corruption, l’institutionnalisation de l’ignorance et de l’inertie. Les expériences dans d’autres pays prouvent que la réussite de sortie de crise dépend essentiellement de la qualité des institutions et de celle des responsables qui doivent y faire face. C’est pourquoi je dis : comprendre les raisons de la dérive ne suffit pas, il faut les compétences et les institutions adéquates pour y faire face.

Fréquemment, vous exprimez votre reconnaissance et vos remerciements à ceux de vos collaborateurs et à des personnalités de haut rang du pouvoir. N’est-ce pas préserver l’avenir, votre avenir politique ?
Mon avenir est dans le changement de tout le système de gouvernance et pas seulement de ses dirigeants actuels. Le seul avenir qui nous attend, si ce système de gouvernance concentre toutes ses forces à maintenir le statu quo nécessaire à sa survie, est une société déstructurée, appauvrie dans tous les sens du terme, sans repères et sans valeurs.

Des rumeurs circulent quant à l’invitation d’Ahmed Benbitour à «prendre un thé à la présidence», c’est-à-dire revenir aux affaires...
Je ne fais pas attention aux rumeurs. Mais comme je viens de le dire, j’ai la plus forte conviction que le pays est à la dérive et la nation en danger. La seule issue est le changement de tout le système de gouvernance. Nous sommes à un carrefour qui nous mènera vers le modèle des pays émergents : Chine, Brésil, Turquie…, s’il y a le changement désiré. Nous irons fatalement vers une situation semblable à la Somalie avec le statu quo.

Le «clash» avec le président Bouteflika — parce que vous refusiez le «jeu de l’ombre»— sanctionné par une lettre de démission rendue publique, par ailleurs, le 26 août 2000, vous conforte-t-il aujourd’hui encore dans cette décision ?
Il n’y a pas eu de «clash» entre le président et moi. Nous avons des conceptions différentes de l’Etat. Moi je suis pour un Etat appuyé sur des institutions fortes, lui croit dans un Etat centralisé, entre les mains d’un nombre restreint d’individus. Le temps a malheureusement confirmé mes craintes. Je dis qu’il n’y a pas de «clash» parce que, lorsque le président m’a reçu pour lui présenter la démission de mon gouvernement, il m’a retenu pendant plus d’une heure pour me parler de son expérience politique et on s’est quittés à ma demande, en se donnant un rendez-vous pour un dîner ultérieurement afin de prendre le temps de continuer notre discussion. Le rendez-vous n’a pas eu lieu.

De par votre expérience approfondie des rouages de l’Etat et du sérail politique, vous en êtes arrivé à conclure qu’il faut «casser» le système de l’extérieur…
En quittant le gouvernement, je me suis posé la question suivante : que faire pour le changement ? J’ai fait une analyse comparative des expériences de l’Algérie, des pays d’Amérique latine, de l’Europe du Sud (Espagne, Portugal, Grèce), de l’Europe de l’Est et de l’Asie. J’en ai retenu trois hypothèses de travail, fiables. 1- Le régime algérien travaille à sa propre destruction. Mais avec la rente, le chemin de la dérive est lent. Du fait de la lenteur de ce processus, lorsque le régime se détruit, il détruit avec lui toute la société par un mélange détonant de pauvreté, de chômage chez les jeunes, de corruption et de perte de morale collective. 2- Le changement pacifique ne peut venir de l’intérieur du système, ni des appareils officiels entièrement soumis au contrôle du pouvoir en place (Parlement, partis politiques de l’Alliance ou de l’opposition), ni de la société civile telle qu’elle est organisée par le pouvoir. Il ne viendra pas davantage via l’agenda gouvernemental (élections, référendum, assemblée ad hoc…). 3- La décennie 2010- 2020 enregistrera la dérive de l’Etat algérien de sa situation actuelle de défaillance vers une nouvelle situation de déliquescence, c’est-à-dire un Etat chaotique, ingouvernable. Face à une telle conviction, le choix est clair : ne rien faire et subir la dérive avec tous les risques de dérapage ou profiter de l’éveil politique mondial pour préparer le changement dans le calme et la sérénité afin de placer le pays dans la voie du progrès et de la prospérité.

Cela vous a amené à entrer de plainpied dans l’opposition et vous développez un impressionnant activisme par le recours à différents canaux de communication, comme internet et aussi Facebook, mis à la mode par les événements de Tunisie et d’Egypte. Pour quels résultats ?
Vous constatez que j’ai utilisé le mode de communication des TIC, plus d’une année avant les expériences en Tunisie et en Egypte qui sont venues confirmer nos hypothèses de travail. J’ai lancé mon programme Cercles d’initiative citoyenne pour le changement (CICC) en novembre 2009. Il s’agit d’appeler à une mobilisation pacifique pour le changement en réunissant trois facteurs : 1- Une pression des citoyens forte, croissante et durable sur le pouvoir en place et réclamer le changement du système de gouvernance et pas seulement le changement des dirigeants. 2- Une alliance stratégique entre les forces du changement pour construire une capacité viable de propositions, de négociations et de mise en œuvre du changement. 3- Se préparer à profiter d’un événement déclencheur. Les expériences tunisienne et égyptienne du début de l’année 2011 ont prouvé que des citoyens réunis avec persévérance en un endroit stratégique de la capitale, sans leaders, sans programme politique préétabli et face à des forces de répression importantes, sont capables de faire partir les chefs d’Etat. Ils ont démontré que les dirigeants actuels ne peuvent plus bénéficier du paradis de l’exil, ni pour eux-mêmes, ni pour leurs familles, ni pour leurs proches collaborateurs. Donc, l’objectif primordial de mon travail est la mobilisation pacifique pour le changement. Pour les autorités en place, le choix est clair : 1- Laisser faire et vendre des réformes cosmétiques et alors, elles subiront ce qu’ont subi les dirigeants de Tunisie, d’Egypte, de Libye, du Yémen et de Syrie, en mettant le pays dans le chaos. 2- Etre partie prenante de la préparation du changement en négociant avec les forces du changement une feuille de route et un agenda pour la mise en œuvre du changement du système de gouvernance. Ce sera la concrétisation d’une période de transition.

Votre vision de l’Algérie de demain donne froid dans le dos compte tenu de notre dépendance pratiquement totale des hydrocarbures dont «la totalité des réserves sera extraite en 2050», dites-vous. Le pire est à venir ?
Oui, très froid. J’ai signalé la dérive fiscale dans une question précédente. Il en est de même pour le commerce extérieur. Les recettes d’exportations hors hydrocarbures couvraient à peine 5% des importations en 2006. C’était déjà très inquiétant. En 2010, ce chiffre est tombé à 2%. Lorsque nous importons 75% des calories que nous consommons vous avez une idée de notre dépendance. Au niveau politique, la force d’inertie démobilisatrice qui gangrène le pays le mènera lentement mais sûrement à la régression. Ce serait la marginalisation des compétences nationales présentes dans le pays ou à l’étranger. Notre économie se limiterait pour l’essentiel à exploiter une ressource non renouvelable (le gaz et le pétrole) au détriment des générations futures. Ce sera le basculement dans une anarchie rythmée par les révoltes de gens assoiffés de vengeance, à la recherche de têtes, décidés à détruire, faute de perspectives solides de changement, tout ce qui représente une référence au régime prédateur responsable de leur misère.

Selon vous, l’Algérie enrichit l’Europe et les Etats-Unis en leur fournissant le gaz et le pétrole contre des «devises volatiles» que confirmerait la crise financière internationale en vigueur ?
Ce que j’ai dit, c’est que l’économie algérienne se spécialisait dans la transformation d’une réserve non renouvelable (le pétrole et le gaz) en une réserve volatile (les devises déposées à l’étranger). Par exemple, en 2007, sur 59,61 milliards de dollars de recettes d’hydrocarbures, 28,27 sont allés gonfler un niveau de réserves déjà élevé. En d’autres termes, sur 100 dollars de recettes d’exportations, 47 dollars sont restés à l’extérieur inutilement ! Aujourd’hui, des experts reconnus et ayant occupé des responsabilités importantes dans le secteur de l’énergie prévoient la fin des exportations d’hydrocarbures dans 25-30 ans ! Mais les problèmes commencent bien avant cette date ; avec la baisse sensible des capacités d’exportation sous l’effet de la baisse de la capacité de production et l’augmentation de la demande nationale. Dans El Moudjahiddu 29 janvier 2006, le ministre de l’Energie prévoyait la production de 2 millions de barils/jour en 2010 et l’exportation de 85 milliards de mètres cubes de gaz en 2010 et 100 milliards de mètres cubes en 2015. Les réalisations de 2010 sont à 70% pour le pétrole et 67% pour le gaz !

Quelle serait alors selon vous l’alternative pour éviter les conséquences catastrophiques de la «politique désastreuse» menée actuellement ?
La situation de l’Algérie de la baisse sensible des capacités d’exportation d’hydrocarbures que je situe en 2018-2020 dépendra essentiellement de deux facteurs : 1- La qualité des politiques de substitution entre les hydrocarbures et le savoir, c’est-à-dire la transformation d’une économie malade de la malédiction des ressources en une économie de protection et de développement ; autrement dit, la transformation du capital naturel non-renouvelable en capital humain générateur de flux de revenus stables et durables (investissements de qualité dans les ressources humaines : éducation, santé, savoir, compétences …). 2- La qualité des politiques d’intégration dans une économie mondiale de plus en plus globalisée, où les frontières nationales seront totalement perméables. Face à ces deux facteurs et la caractérisation de l’économie algérienne que je viens de faire, l’Algérie se distinguera par l’un des deux scénarios suivants : 1- Une économie de développement et de protection qui a éliminé la malédiction des ressources dans sa politique intérieure ; doublée d’une économie bien intégrée à l’économie mondiale qui a su profiter du rattrapage technologique. Ce sera l’Algérie de nos rêves. Pour cela, il faut un changement de système de gouvernance dans les meilleurs délais. 2- Une économie malade de la «malédiction des ressources» sans ressources naturelles parce que épuisées ; doublée d’une économie marginalisée par la contagion au niveau de l’économie mondiale.

Vous avez déclaré ne pas avoir été suivi par la société civile et la population lors du lancement des initiatives citoyennes. Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ?
Le train de changement est en marche dans toute la région, le freiner ou le retarder ne fera qu’aggraver la situation et en premier lieu le salut des autocrates. Hier, la lutte pour l’indépendance s’est appuyée sur le nationalisme au niveau local et la décolonisation au niveau international. Aujourd’hui, la mobilisation pour la libération de l’individu s’appuie sur la citoyenneté au niveau local et sur les droits universels à la liberté et à l’émancipation au niveau international. Les temps, les espaces, les environnements sont différents, mais les processus sont les mêmes. Hier, c’était la lutte armée pour chasser l’occupant sourd à toute idée de négociation ; aujourd’hui, c’est le combat citoyen pour changer le système autocrate, répressif, sourd à toute idée de dialogue, par une mobilisation pacifique qui s’exprime par les marches, les rassemblements, les manifestations et les grèves. Plus que jamais, le peuple exige le changement et veut éradiquer les stigmates des malheurs qu’il a endurés. De fait, tout est déjà en place pour assurer la fin de partie pour les gouvernants reniés par leurs peuples. La suite des événements pourra alors s’envisager dans un esprit nouveau, d’ouverture, de justice et de sagesse. Une transition sera instaurée, comme diverses personnalités n’ont pas manqué d’y faire référence.

L’ANC — Alliance nationale pour le changement — que vous avez créée et dont vous êtes le président participera-telle aux prochaines élections électorales ? Au demeurant, votre parti sera-t-il agréé à la lumière de votre participation avortée à la présidentielle du fait du nombre insuffisant de signatures ?
Merci pour cette question parce qu’elle me donne l’occasion de corriger pas mal de fausses informations. D’abord, en ce qui concerne l’élection présidentielle de 2004, j’avais écrit un article en avril 2003 où j’affirmais qu’en Algérie, tout comme dans n’importe quel système autocrate, lorsque le président en exercice se présente aux élections, il ne laisse aucune chance à tout autre candidat de réussir. Quand le président a annoncé officiellement sa candidature, j’ai retiré la mienne. Quant à votre question sur l’ANC, je voudrais préciser que j’ai lancé en novembre 2009, le programme des CICC. Après une année, j’ai fait le point de notre expérience et j’ai vu que le moment était venu de passer à la création des conditions d’alliances entre les forces du changement pour définir une capacité de proposition de négociations et de mise en œuvre. C’est alors que j’ai lancé en novembre 2010 le Manifeste pour une Algérie nouvelle et appelé à une mobilisation des Amis du Manifeste. La construction des alliances s’impose comme une solution viable parce que : 1- Après vingt années de divisions idéologiques qui nous ont dressés politiquement, physiquement, moralement et intellectuellement les uns contre les autres, les blessures sont encore profondes et douloureuses au sein de la société. 2- L’incapacité des courants politiques continuellement divisés à proposer une alternative crédible risque de provoquer la lassitude et la démotivation d’une population fatiguée et désabusée. 3- Les tentatives répétées de fractionnement, divisions et manipulations de la part de certaines franges du pouvoir rendent impossible un travail d’union des forces du changement dans le court terme. D’où l’appel à l’alliance qui ne signifie ni union, ni fusion, mais, simplement, la mise en commun des moyens de mobilisation pacifique pour le changement. C’est à la suite de cet appel que certains partis politiques, associations et personnalités ont organisé une rencontre à Zéralda pour discuter des conditions d’alliances. J’y étais invité en tant qu’initiateur du manifeste. La rencontre a conclu à la préparation d’un congrès national pour la création de l’Alliance nationale pour le changement. Les conditions d’organisation de ce congrès ne sont toujours pas réunies. Il n’y a pas de président, c’était un travail d’équipe, j’en étais le catalyseur. J’ai clairement démontré que le changement désiré ne viendra ni des partis politiques, ni de l’agenda gouvernemental (élections ou autres). En cohérence avec cela, je n’ai pas l’intention de créer un parti, ni d’appeler à la participation aux élections.

Un dernier mot pour clore cet entretien et à la veille de la nouvelle année ?
J’aimerais souhaiter à toutes les Algériennes et à tous les Algériens mes meilleurs vœux de bonheur et de prospérité dans une Algérie où ils pourront vivre leur modernité dans la paix et la sérénité. Pour que cela ne reste pas un simple vœu, il faudrait intérioriser le fait que la sauvegarde de la Nation algérienne devrait devenir, par delà les vicissitudes du moment, l’objet principal de notre mobilisation et de nos préoccupations quotidiennes et nous incite à préparer, dans les plus brefs délais, la transition que le peuple algérien, dans son ensemble, souhaite voir s’installer.

B. T.

Radioscopie de la gouvernance algérienne- (Edition revue et corrigée) - 280 pages Edif 2000 - 800 DA

Titre original : 
AHMED BENBITOUR, AU SOIR D’ALGÉRIE :

«Je ne créerai pas de parti»

21 commentaires :

  1. • La guerre contre la corruption en Algerie.‏
    21:52
    mebrouk menar
    À president@el-mouradia.dz

    From: mebroukmenar@hotmail.fr
    To: president@el-mouradia.dz
    Subject: La guerre contre lacorruption en Algerie.
    Date: Wed, 2 Nov 2011 21:52:06 +0000
    فخـامـة الرئيـس السيد المجـاهـد عبد العـزيـز بـوتـفـليـقـة
    je m'excuse pour les termes d'insultes dans ma lettre du 1er Novembre 2011 ; car ils sont des réponses au langage des corrompus en organisation criminelle. Et je suis fier qu'ont vous a pas laisser seul aux arènes de Rome ; mais vous m'avez laissé seul contre les corrompus au sein des institutions d’état, parmi eux des traitres, que je combattrais jusqu'à tomber au champ d’honneur, et sera mon statue à Belcourt à la place d’Emiliano Zapata.
    L'inspecteur de Police et Avocat, Menar Mebrouk , la relève de la famille révolutionnaire Menar.

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